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Printemps / Primavera 2014

Émoi, émoi, émoi. Le discours autobiographique francophone comme espace conflictuel

sous la direction de

Jean-François Plamondon

Sommaire / Indice

Jean-François Plamondon, Émoi, émoi, émoi. Le conflit comme producteur du moi

Yves Baudelle, Romance Nerveuse de Camille Laurens: une satire clinique de « l’exubérance irrationnelle »

Valeria Sperti, L’émoi douloureux du regard divergeant chez Nelly Arcan, de Putain à Burqa de chair

Enrico Guerini, « Il faut que le public sache ». L’aveu (homo)sexuel dans l’autobiographie de Julien Green

Brigitte Diaz, Le Journal de Marie Bashkirtseff ou les mémoires d’une jeune fille enragée

Cécile Meynard, Le « moi » en émoi. Le rôle des conflits dans la construction identitaire de Stendhal

Louis-Serge Gill, De l’unité à la fragmentation : la pratique diaristique dans le Journal, 1948-1971 d’Hubert Aquin

Véronique Montémont, Visages du conflit dans le journal personnel: journaux de jeunes filles sous l’Occupation

Françoise Simonet-Tenant, La guerre d’Algérie: les voix camusiennes d’un déchirement intime

Régis Lefort, De l’intime dans le poème d’Henry Bauchau

Alessandra Ferraro, Les récits personnels de Marie de l’Incarnation ou de l’écriture autobiographique détournée

Luba Markovskaia, La guerre des Mémoires. Conflit et apologie de soi dans les Mémoires de Madame Roland

Yves Baudelle, Romance Nerveuse de Camille Laurens: une satire clinique de « l’exubérance irrationnelle »
« Peut-être est-ce le conflit avec son éditeur qui a tout déclenché », annonce la 4e de couverture de Romance nerveuse (2010), la dernière autofiction de Camille Laurens. Tout ? C’est-à-dire la relation de l’héroïne avec Luc, un homme auquel tout l’oppose, lui-même « totalement clivé ». Car ici les conflits sont surtout intérieurs : le dédoublement fantastique de la narratrice, flanquée d’un esprit qui incarne son surmoi, dramatise avec humour l’antagonisme des forces psychiques. La fissilité du moi, ce mécanisme que Freud a mis en évidence dans la fiction, se manifeste dans le motif du Doppelgänger, entraînant un dialogisme généralisé qui est l’expression idéale d’une conscience conflictuelle. Ce dispositif narratif révèle alors le paradoxe des nouveaux désordres amoureux, où sont refoulées, non plus les pulsions, mais le surmoi. Le personnage de Luc est l’ahurissante satire de ce sujet postmoderne déréglé, entièrement livré à la labilité de ses humeurs.

Valeria Sperti, L’émoi douloureux du regard divergeant chez Nelly Arcan, de Putain à Burqa de chair
Cet article examine le recueil autobiographique Burqa de chair (2011) de Nelly Arcan à la lumière de son premier roman Putain (2001). Après avoir tracé les contours de la production littéraire de l’écrivaine, l’analyse se propose de développer le paradoxe, que Nancy Huston avait souligné dans la Préface, entre le statut d’objet du personnage féminin que suggère sa condition de prostituée et le statut de sujet déterminé par son activité énonciative. À travers une analyse des genres dans les deux romans, l’étude insiste sur la notion de storytelling et élargit le paradoxe en paradigme, le raccordant à un nouveau régime de regard instauré par la narratrice dans Burqa de chair. La représentation de nombreux objets réfléchissant l’image de la protagoniste permet de postuler la présence d’une double focalisation, aliénante et mortifère, dernier avatar du paradoxe et lieu d’un émoi douloureux qui est le noyau scandaleux de l’écriture de Nelly Arcan.

Enrico Guerini, « Il faut que le public sache ». L’aveu (homo)sexuel dans l’autobiographie de Julien Green
Dès qu’il s’agit de raconter sa propre histoire, Julien Green doit faire face au conflit intérieur qui oppose des fortes résistances au désir d’avouer sa propre homosexualité. L’auteur de cet article cherche à démontrer que le projet d’écrire une autobiographie s’organise pour Green autour de l’urgence de traiter ce sujet, qu’il juge très épineux, mais en même temps fondamental pour la compréhension de sa personnalité. Green arrive à surmonter ses difficultés grâce à une écriture qui recourt à une « rhétorique de l’aveu » très personnelle, qui résulte de deux exigences de nature opposé : le souhait de parler ouvertement de sa vie intime et la tentation de censurer tout ce qui touche à sa vie affective et érotique. Avoir écrit sa confession se révèle pour l’auteur un acte libérateur, qui ressemble à certains égards à un « coming out » ; une confession faite, dans ce cas, non pas à ses proches mais à ses lecteurs. Un acte qu’il juge nécessaire, car, comme il le note dans son Journal, « il faut que le public sache ».

Brigitte Diaz, Le Journal de Marie Bashkirtseff ou les mémoires d’une jeune fille enragée
Le journal que Marie Bashkirtseff (1858-1884) a tenu de 1873 à 1884 se distingue des journaux intimes féminins contemporains par la rage et la violence qui s’y expriment. En guerre contre sa famille d’exilés russes menant entre Paris et Nice une vie itinérante et mondaine, contre les institutions qui entravent sa volonté de devenir peintre, contre la maladie qui détruit sa jeunesse, la diariste fait de son journal un instrument de résistance envers toutes ces frustrations existentielles. La violence de l’énonciation, bien sensible dans le protocole d’adresse au lecteur, signale un changement notable dans la pratique de l’écriture intime. Avec Marie Bashkirtseff le journal personnel passe d’un régime consensuel à un régime conflictuel. La mélancolie du diariste romantique volontiers replié dans un narcissisme plaintif laisse place à des affects violents, des rages inapaisées et des rébellions iconoclastes, dont le journal – loin de chercher à les tempérer – se fait à présent la chambre d’écho.

Cécile Meynard, Le « moi » en émoi. Le rôle des conflits dans la construction identitaire de Stendhal
Les écrits diaristes et autobiographiques de Stendhal révèlent un être à vif, dont les sensations et les sentiments résonnent et s’exacerbent mutuellement. L’espace autobiographique se révèle ainsi conflictuel non seulement parce qu’il est le réceptacle des différents conflits vécus par le moi, mais aussi parce que mettre en mots ces derniers et plus généralement écrire sur soi implique une tension constante entre ses différentes aspirations. Stendhal se constitue en définitive comme un être révolté, y compris au moment où il écrit, le récit de sa vie privée entrant en écho avec ses opinions politiques sur l’histoire contemporaine de l’Europe.

Louis-Serge Gill, De l’unité à la fragmentation: la pratique diaristique dans le Journal, 1948-1971 d’Hubert Aquin
Si le journal intime permet de lier les réflexions et les événements du quotidien, nécessitant ainsi une rigueur et une discipline de la part du diariste, il crée aussi par le fait même une distanciation de soi. Ce recul nécessaire pour jeter un regard critique et lucide sur son propre parcours peut mener à une autocritique acerbe, punitive et destructrice, semblable à ce que projette l’auteur de fragments. Cette dispersion de soi se retrouve dans les cahiers et les carnets qui constituent l’édition critique du Journal, 1948-1971 du romancier québécois Hubert Aquin. Au fil d’une introspection parfois tranchante, Aquin entre en débat avec lui-même et ceux qui l’entourent au moment critique de la Révolution tranquille au Québec. C’est au travers de l’écriture de cet éclatement que nous cherchons à dévoiler une part fondamentale de la littérarité des journaux intimes.

Véronique Montémont, Visages du conflit dans le journal personnel: journaux de jeunes filles sous l’Occupation
Philippe Lejeune a fait connaître sur son site Autopacte l’existence d’un corpus de journaux féminins tenus sous l’Occupation ; cet article s’intéresse à sept d’entre eux, qui ont pour point commun d’avoir été tenu par des diaristes âgées de 13 à 20 ans au début de la guerre, à savoir Hélène Berr, Micheline Bood, Denise Domenach, Geneviève Gennari, Benoîte et Flora Groult, Frédérique Moret et Liliane Schroeder. Le journal, exutoire des angoisses nées de la guerre, est aussi un observatoire privilégié de la formation des consciences politiques ; ces textes, dont certains ont été écrits par des résistantes, d’autre par des personnalités plus en retrait, et l’un par une jeune Juive demeurée à Paris durant les persécutions, nous montrent toute la difficulté qu’il y a à composer avec la situation d’occupation, source de révolte patriotique, certes, mais aussi de doutes et d’ambiguïtés quant à la conduite à tenir.

Françoise Simonet-Tenant, La guerre d’Algérie: les voix camusiennes d’un déchirement intime
La position de Camus sur l’Algérie a été complexe, ressentie comme ambiguë par certains, comme utopique par d’autres. Dans Actuelles III. Chroniques algériennes (1958), l’écrivain a tenté de faire entendre sa voix de journaliste sur le drame algérien, maintenant une position, jugée par beaucoup inaudible. Nous confrontons cette voix publique à celles de l’intimité : celles qui s’expriment dans les Carnets III à la publication posthume et dans Le Premier Homme, roman en genèse au moment de la mort accidentelle de son auteur. L’article montre comment les tourments politiques ramènent Camus à la nécessité d’une écriture intime. Si l’on observe des traces intéressantes du questionnement politique dans le journal personnel et les correspondances, ce n’est sans doute pas là que Camus a trouvé la meilleure issue à l’impossible choix qui le déchire mais dans la mise en œuvre du projet du Premier Homme, roman au soubassement autobiographique qui revêt une indéniable dimension politique.

Régis Lefort, De l’intime dans le poème d’Henry Bauchau
L’article essaie de définir la notion d’intime pour le poème d’Henry Bauchau, en regard de cet intime catégorisé par François Jullien. Il s’agit de montrer que l’intime du poème n’est pas l’intimité ou l’intimiste. En conséquence, le poème présente moins un espace autobiographique qu’un espace ouvert à l’autre dans la connivence. Cet espace de l’entre, où le poète et l’autre se rejoignent dans un équilibre des forces en présence, est emblématique de cet autre espace, celui du processus de création.

Alessandra Ferraro, Les récits personnels de Marie de l’Incarnation ou de l’écriture autobiographique détournée
Cet article se concentre sur une longue lettre que Marie de l’Incarnation adresse en 1652 à ses consœurs de Tours lors de la mort de sa « compagne », Marie de saint Joseph. À l’intérieur d’un genre codifié qui s’inspire de l’hagiographie, se glisse la parole féminine de l’épistolière qui exprime son deuil et rapporte, sur un ton spontané et subjectif, l’aventure intérieure de la défunte ainsi que ses propres émotions. À l’instar d’autres écrits autobiographiques de Marie de l’Incarnation, ce texte fait l’objet d’une réécriture de la part du Jésuite Paul Lejeune qui le désubjectivise et le normalise pour l’insérer dans la Relation de 1651-52. L’auteure analyse en détail les modalités du détournement de la lettre mortuaire de Marie de l’Incarnation qui la soustrait au giron intime et féminin de sa production et de sa réception. Puisque le destinataire de l’écrit change, l’objectif également varie et, au but consolatoire, se substitue un but de propagande : l’action des Ursulines est ainsi mise au profit de la mission des Jésuites.

Luba Markovskaia, La guerre des Mémoires. Conflit et apologie de soi dans les Mémoires de Madame Roland
Madame Roland écrit ses Mémoires dans les prisons de la Terreur avec deux buts avoués : se défendre contre les accusations des Jacobins qui pèsent contre elle et se consoler et se distraire dans sa prison. À ces deux fonctions correspondent chacune des deux grandes parties de ses Mémoires : les Notices historiques, qui concernent sa vie politique et le Ministère de son mari, et les Mémoires particuliers, où elle raconte son enfance et sa jeunesse. Nous proposons de contourner cette opposition binaire entre Mémoires politiques et «autobiographie» en lisant l’ensemble de ses écrits à la lumière de l’autojustification de la prisonnière face à ses accusateurs, comme un plaidoyer pro domo. Une telle lecture permettra de voir émerger une rhétorique du conflit, une véritable guerre des mémoires, qui parcourt l’ensemble des éléments à première vue disparates de son témoignage.

Yves Baudelle, Romance Nerveuse de Camille Laurens : une satire clinique de « l’exubérance irrationnelle »
« Maybe it is the conflict with her publisher that started everything », says the back cover of Romance nerveuse (2010), Camille Laurens’ latest autofiction. Everything? That is to say the heroine’s love affair with Luc, a man whose character is completely opposed to hers, and who is « completely divided ». Indeed, conflicts are mostly internal here. The fantastic duplication of the female narrator, who is flanked by a spirit that embodies her superego, humorously dramatizes the antagonism of psychic forces. The fissility of the self, this mechanism Freud highlighted in fiction, appears in the Doppelgänger’s pattern, causing a widespread dialogism which is the ideal expression of a torn conscience. Then, this narrative device reveals the paradox of current love disorders, which are no longer repressing urges, but the superego. Luc’s character is the stunning satire of the disturbed postmodern subject as marked by volatile moods.

Valeria Sperti, L’émoi douloureux du regard divergeant chez Nelly Arcan, de Putain à Burqa de chair
This article examines the autobiographical collection Burqa de chair (2011) by Nelly Arcan in the light of her first novel Putain (2001). After an outline of the writer’s production, the analysis develops on the paradox, highlighted by Nancy Huston in the Préface, between the feminine character’s object status – as suggested by her condition as a prostitute – and her status as a subject, determined by her enunciative activity. Through an analysis of genre in the two novels, this study insists on the notion of storytelling and widens the paradox into paradigm, connecting it to a new system of focus introduced by the narrator in Burqa de chair. The representation of numerous objects reflecting the image of the protagonist allows postulating the presence of a double focus, alienating and deadly, the last avatar of the paradox and place of a painful turmoil, which is the scandalous core of Nelly Arcan’s writing.

Enrico Guerini, « Il faut que le public sache ». L’aveu (homo)sexuel dans l’autobiographie de Julien Green
When it comes to telling his own story, Julien Green has to face up the inner conflict that opposes a strong resistance to the desire to confess his homosexuality. In this article, the author tries to show that, according to Green, the project of writing an autobiography pivots on the urgent need to tackle this subject, which he considers very thorny, but at the same time essential for the comprehension of his personality. Green manages to overcome his difficulties thanks to a form of writing which rests on a highly personal « rhetoric of confession », resulting from two opposite necessities. On the one hand, the desire to discuss openly his private life and on the other the temptation to suppress all that relates to his emotional and erotic life. For the author, the writing of his confession represents a liberating action, which somehow looks like a « coming out » ; a confession made not to his family or friends but to his readers. An action, that he considers as necessary, because, as he says in his Journal, « il faut que le public sache » (it is necessary that the public knows).

Brigitte Diaz, Le Journal de Marie Bashkirtseff ou les mémoires d’une jeune fille enragée
Marie Bashkirtseff (1858-1884) keeps a journal between 1873 and 1884. Her confessional text differs from contemporary female journals because of the rage and violence it expresses. Marie is at war with her Russian family, a group of exiles who lead an itinerant social life between Paris and Nice, but also with the institutions that prevent her from becoming a painter, and with the illness that destroyed her adolescence. As a result, the writer turns her diary into an instrument of resistance against these existential frustrations. The violence of the enunciation, which transpires from the way she addresses the reader, marks a notable change in the practice of confessional writing. With Marie Bashkirtseff, the journal shifts from the consensual to the conflictual. The melancholy of the Romantic writer who self-reflexively voiced a plaintive narcissism gives way to violent feelings, uncontrollable rages and iconoclastic rebellions, which the journal now echoes rather than attenuating them.

Cécile Meynard, Le « moi » en émoi. Le rôle des conflits dans la construction identitaire de Stendhal
Stendhal’s journals and autobiographical writings reveal his vulnerability, a man whose sensations and feelings seem to resonate with one another and exacerbate one another. Thus, the autobiographical space turns contentious not just because it represents the repository of all these inner conflicts, but also because verbalising them, and more generally writing about oneself, involves a continual tension between one’s different aspirations. To sum up, Stendhal reveals himself as a rebel also during the writing process, since the story of his private.

Louis-Serge Gill, De l’unité à la fragmentation : la pratique diaristique dans le Journal, 1948-1971 d’Hubert Aquin
While a private journal enables a person to tie up thoughts and events of everyday life, forcing the diarist to be accurate and disciplined, it also creates a distance from one’s self. This distancing, which is necessary in order to look critically and clear-sightedly at one’s own itinerary, may lead to an acerbic self-criticism, which is both punitive and destructive, similar to what is projected by the author of fragments. This self-dispersion marks the cahiers and the carnets which form the critical edition of the Journal, 1948-1971 written by the Quebec author Hubert Aquin. In the course of his occasionally sharp introspection, Aquin starts debating with himself and with those who surround him during Quebec’s Quiet Revolution. It is through the report of these breakings that we can disclose a fundamental component of the literariness of intimate journals.

Véronique Montémont, Visages du conflit dans le journal personnel : journaux de jeunes filles sous l’Occupation
Philippe Lejeune collected rare material about women’s diaries ; he published on his site Autopacte a list of diaries kept by women during German occupation of France. This article carries out a global analysis of a selection of seven texts, written by Hélène Berr, Micheline Bood, Denise Domenach, Geneviève Gennari, Benoîte et Flora Groult, Frédérique Moret and Liliane Schroeder. These women have in common to be young girls (between 13 and 20 year old) at the beginning of WW2. Through their diaries, they express psychological damages caused by war ; one can also observe how they defend their own political convictions, and even their commitment. Some of them were actually resistants, others were  much more ambiguous ; one diary is kept by a young Jewish girl who has chosen to stay in Paris despite of persecutions. This various range of texts, situations and opinions demonstrates how such a complex situation could arouse patriotic feelings as well as strong doubts about what the right behaviour was.

Françoise Simonet-Tenant, La guerre d’Algérie : les voix camusiennes d’un déchirement intime
Camus’ complex attitude to Algeria was perceived by some as ambiguous, by others as utopian. In Actuelles III. Chroniques algériennes (1958), the writer attempted to make himself heard on the Algerian drama as a journalist, maintaining a stance that many deemed as inaudible. This paper compares his public voice to the intimate ones he expressed in Carnets III, a posthumous publication, and Le Premier Homme, a novel that was unfinished when the author’s accidental death occurred. It aims to show how the political turmoil brought Camus back to private writing. Although some interesting traces of political reflections can be found in his journal and letters, it was not there that Camus found a solution to the dilemma that tormented him, but rather in the implementation of the project of Le Premier Homme, an autobiographical novel that takes on an incontestable political dimension.

Régis Lefort, De l’intime dans le poème d’Henry Bauchau
In this paper the author tries to define the notion of intimate for the poem of Henry Bauchau with regard to François Jullien’s category of intimate. It is a question of showing that the poem’s intimate is neither the inner self nor the intimist. Consequently, the poem presents a space opened to the other in the connivance rather than an autobiographical space. This space of entre/between, where the poet meets the other in a balance of forces in presence, is emblematic of an alternative space, that of the process of creation.

Alessandra Ferraro, Les récits personnels de Marie de l’Incarnation ou de l’écriture autobiographique détournée
This article analyses a letter Marie de l’Incarnation sent to her fellow nuns in Tours in 1652, on the occasion of the death of her « compagne », Marie de saint Joseph. The text respects the form of the canonized epistolary genre based on hagiographies. Nonetheless, the writing reveals the presence of a strong feminine voice. Marie de l’Incarnation tells her grief, brings back to memory the inner movements of her deceased sister and expresses her own feelings in a spontaneous and sincere way. Like other autobiographical writings by Marie de l’Incarnation, this text is subjected to a rewriting by Jesuit Paul Lejeune. Lejeune removes the signs of subjectivity, standardises the letter and inserts it in the 1651-52 Relation. The article examines in detail how Marie de l’Incarnation’s letter is altered and how this transformation turns away the text from its original feminine milieu of production and reception. The recipient of the text changes, and so does the objective of the letter. From the original function of relief, the letter turns into propaganda. It is used to promote Ursuline sisters activities and Jesuit missions.

Luba Markovskaia, La guerre des Mémoires. Conflit et apologie de soi dans les Mémoires de Madame Roland
Madame Roland wrote her memoir in the Terreur prisons with two admitted goals : to defend herself against the Jacobins’ accusations and to find distraction and consolation in prison. The two main parts of her memoir are in line with each of these functions : the Notices historiques, which concern her political life and her husband’s ministry, and the Mémoires particuliers, where she writes about her childhood and youth. This article intends to circumvent the binary opposition between political memoir and private autobiography by reading the entirety of Madame Roland’s prison writing in the light of her plea of innocence intended for her prosecutors. This analysis will shed light on the rhetoric of conflict that buds throughout the memoirs, making them a terrain for a true battle of memories and uniting what may at first seem like disparate elements of her prison writing.

Yves Baudelle
Normalien, Yves Baudelle est professeur de littérature française à l’Université de Lille 3, où il codirige la revue Roman 20-50. Vingtiémiste, collaborateur de l’édition d’À la recherche du temps perdu dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard, 1989), il a coordonné de nombreuses publications collectives (sur Bernanos, Céline, P. J. Jouve, Némirovsky, Arland, Mandiargues, Sarraute, Robbe-Grillet, Butor, Éric Holder…). Poéticien, d’abord spécialiste d’onomastique et de géographie romanesques, il s’est ensuite tourné vers la question des rapports entre univers référentiel et mondes fictionnels, notamment dans l’autofiction. Parmi ses dernières publications, on peut citer Bernanos, le rayonnement de l’invisible (PUF, 2008) et, comme directeur d’ouvrage, Onomastique romanesque (Narratologie, n. 9, 2008) et Nom propre et écritures de soi (avec É. Nardout-Lafarge, Presses de l’Université de Montréal, 2011).

Valeria Sperti
Valeria Sperti est professeure de littérature française au Département des Sciences Humaines de l’Université de la Basilicate. Elle est l’auteure d’ouvrages sur l’espace autobiographique dans Le Labyrinthe du monde de Marguerite Yourcenar (Écriture et mémoire, Napoli, 1999), sur la représentation du dictateur dans les romans subsahariens francophones des postindépendances (La parola esautorata, Napoli, 2000) et sur le statut de la reproduction photographique dans le roman de l’extrême contemporain (Fotografia e romanzo, Napoli, 2005). Elle s’intéresse actuellement aux nouveaux régimes de regard mis en place dans la prose contemporaine française et francophone et aux écrivains expatriés qui s’autotraduisent, enquêtant aussi sur les rapports de collaboration entre auteur et traducteur.

Enrico Guerini
Doctorant en littératures comparées à l’Università di Bologna (Italie), Enrico Guerini s’occupe de littérature française du XXe siècle et notamment de littérature intime et du rapport entre psychanalyse et littérature. Sa thèse, en cours de rédaction, porte sur l’œuvre autobiographique d’André Gide et de Julien Green. Dans son mémoire de master (Università degli Studi di Milano) il avait abordé le théâtre de Julien Green ; sur ce sujet, il a publié un article, « Julien Green e il teatro del perturbante », dans la revue Il confronto letterario, n. 57, juin 2012.

Brigitte Diaz
Brigitte Diaz est professeur de Littérature française du xixe siècle à l’Université de Caen. Elle est directrice du centre de recherche Laslar (Lettres, Arts du spectacle, Langues romanes). Elle est présidente de l’AIRE (Association Interdisciplinaire de Recherches sur l’Épistolaire) et co-directrice de la revue Épistolaire. Membre du Conseil d’administration de la Société des Études Romantiques et Dix-neuviémistes (SERD), elle fait partie du comité de rédaction du Magasin du xixe siècle. Ses publications ont pour axe fédérateur l’étude des correspondances, des journaux personnels et des carnets d’écrivains au xixe siècle. Elle a fourni une synthèse théorique de ces recherches dans son livre, L’Épistolaire ou la pensée nomade (puf, 2002) où elle étudie les pratiques d’écriture épistolaire d’écrivains du xixe siècle, dont Stendhal, George Sand, Balzac, Flaubert. Elle travaille actuellement sur la critique littéraire des écrivains au xixe siècle. Son travail se situe à la croisée de l’histoire littéraire, de la sociocritique, de la génétique des œuvres.

Cécile Meynard
Cécile Meynard est Maître de Conférences-HDR à l’Université Stendhal Grenoble 3. Spécialiste de Stendhal (Stendhal et la province, 2005, Paris, Champion) et du roman au XIXe siècle, elle s’intéresse aussi aux écritures du moi et à la littérature de voyage. Responsable de la valorisation scientifique des manuscrits stendhaliens de Grenoble (base documentaire sur <www.manuscrits-de-stendhal.org>), elle dirige l’édition en cours des Journaux et papiers de Stendhal (1er tome paru en 2013). Elle a organisé en octobre 2010 un colloque, Journaux d’écrivains : questions génériques et éditoriales (Grenoble).

Louis-Serge Gill
Louis-Serge Gill est doctorant en lettres et travaille sous la direction de la professeure Manon Brunet à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il a un intérêt marqué pour les écritures intimes, les littératures québécoises du XIXe et du XXe siècle, l’engagement littéraire et la sociologie de l’institution littéraire. Dans le cadre de son mémoire de maîtrise (Pratiques de l’écriture intime (contre-)engagée : le Journal, 1948-1971 d’Hubert Aquin et À bout portant : correspondance, 1954-1965 de Gaston Miron et Claude Haeffely, 2013), il a analysé les écrits intimes du romancier Hubert Aquin et du poète Gaston Miron comme le lieu initiatique de leur engagement. Pour sa thèse en cours, il s’intéresse aux diverses figures de l’écrivain véhiculées par la critique littéraire de la seconde moitié du XIXe siècle québécois, ainsi qu’à la perception que les écrivains livrent d’eux-mêmes dans leurs écrits intimes.

Véronique Montémont
Véronique Montémont est maître de conférences à l’Université de Lorraine et ancien membre junior de l’Institut Universitaire de France. Spécialiste des écrits autobiographiques, elle est membre du comité de rédaction de la revue La Faute à Rousseau. Elle dirige également la base de données Frantext (ATILF, Nancy) et a co-animé, avec Sylvie Lannegrand, un programme Ulysses consacré aux visages du conflit dans le journal personnel. Elle a codirigé avec Catherine Viollet Le moi et ses modèles (Academia-Brylant, 2009) et Archives familiales : modes d’emploi (Academia-L’Harmattan, 2011).

Françoise Simonet-Tenant
Françoise Simonet-Tenant, agrégée de Lettres Modernes, est professeur d’université (Rouen). Elle est l’éditrice de Catherine Pozzi & Jean Paulhan, Correspondance 1926-1934 (éditions Claire Paulhan, 1999). Elle est l’auteur d’études critiques : Le journal intime (Nathan, 2001), Le journal intime, genre littéraire et écriture ordinaire (éditions Téraèdre, 2004) et Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, « Au cœur des textes », 2009. Elle a dirigé l’ouvrage collectif Le propre de l’écriture de soi (éditions Téraèdre, 2007) et plusieurs numéros de revue : le dernier d’entre eux est Véronique Montémont, Françoise Simonet-Tenant (dir.), Intime et politique, Itinéraires. Littérature, textes, cultures, n. 2, 2012. Elle dirige actuellement la préparation d’un Dictionnaire de l’autobiographie française et francophone à paraître chez Champion.

Régis Lefort
Régis Lefort est Maître de conférences HDR à Aix Marseille Université. Il est l’auteur d’un essai intitulé L’originel dans l’œuvre d’Henry Bauchau (Champion, 2007). Son travail de recherche est aujourd’hui centré sur la poésie moderne et contemporaine. Il a soutenu son Habilitation à Diriger les Recherches en décembre 2013 et publiera en 2014 un essai sur la poésie contemporaine. Il est par ailleurs l’auteur de recueils de poèmes : Des matins fous d’étendue de désert et de mer (éditions de la revue Nu(e), 2011), Chant contre (anthologie Triages des éditions Tarabuste, 2012), et de Onze (éditions de Vallongues, 2013).

Alessandra Ferraro
Alessandra Ferraro enseigne la Littérature française et les Littératures francophones à l’Université d’Udine. Titulaire d’un Doctorat en Littératures Francophones (littérature québécoise) de l’Université de Bologne, elle est également spécialiste de la littérature française contemporaine ainsi que de l’autobiographie. Dans ce dernier domaine, elle a consacré un volume à Raymond Queneau (Raymond Queneau. L’autobiografia impossibile, Udine, Forum, 2001), ainsi que plusieurs textes à Marie de l’Incarnation et à l’écriture féminine dont « Autobiographie, biographie, hagiographie : la construction du mythe de Marie de l’Incarnation », dans K.-D. Ertler, M. Löschnigg (dir.), Inventing Canada/Inventer le Canada, Frankfurt am Main, Peter Lang, 2008, pp. 199-209 ; « Autofiction féminine et photographie dans le roman sentimental de l’extrême contemporain », dans H. Meter, F. Bercegol (dir.), Le Roman sentimental et sa postérité (XIXe-XXIe siècles). Pour une reconnaissance du genre, Paris, Classiques Garnier, sous presse.

Luba Markovskaia
Luba Markovskaia est doctorante au Département de langue et littérature françaises de l’Université McGill. Elle a complété un mémoire de maîtrise intitulé Réécrire le libertinage aux lendemains de la Révolution. Point de lendemain de Vivant Denon : 1777 et 1812. Ses recherches actuelles portent sur le discours de la prison heureuse dans les écrits du for privé au XVIIIe siècle, chez des auteurs comme Madame Roland, Xavier de Maistre, Madame de Staal-Delaunay et Jean-Jacques Rousseau.

Comptes rendus/Recensioni

P. Gasparini, La Tentation autobiographique de l’Antiquité à la Renaissance (J.-F. Plamondon)

F. Jullien, De l’intimité. Loin du bruyant amour (J.-F. Plamondon)

Stendhal, Journaux et Papiers, I, 1797-1804, édition établie par C. Meynard, H. de Jacquelot, M.-R. Corredor (E. Guerini)

C.W. Thompson, Explorations stendhaliennes. D’Armance à la « Fraternité des arts » (H. de Jacquelot)

E. Lozinski, L’intertexte fin-de-siècle dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Les carafes dans la Vivonne (A. I. Squarzina)

L. Teyssandier, De Guercy à Charlus. Transformations d’un personnage de À la recherche du temps perdu (M. Bertini)

Notes de lecture/Pubblicazioni ricevute e schede

Pubblicato con un contributo del Dipartimento di Lingue, Letterature e Culture Moderne dell’Università di Bologna.

ISBN 978 88 222 6335 3

Revue de presse / Rassegna stampa

2017-03-29T13:31:51+00:00