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Printemps / Primavera 2015

Nouveaux regards sur Dominique Rolin

sous la direction de

Maria Chiara Gnocchi

Sommaire / Indice

Maria Chiara Gnocchi, Sortir de la séduction. Nouveaux regards sur Dominique Rolin

Paul Aron, Cécile Vanderpelen-Diagre, «Notre grande aînée»: Dominique Rolin et Judith Cladel

Juline Hombourger, Le travail du négatif dans Dulle Griet de Dominique Rolin

Jean-François Plamondon, La nécessité déjouée comme possible vérité du moi rolinien

Katia Michel, La féminité: issues de secours. Évolution de la question féminine dans deux romans de Dominique Rolin

Maria Chiara Gnocchi, Dominique Rolin et la «nécessité» de William Faulkner

Paul Aron, Cécile Vanderpelen-Diagre, «Notre grande aînée»: Dominique Rolin et Judith Cladel
Dominque Rolin est la nièce de l’écrivaine Judith Cladel, fille de l’auteur naturaliste Léon Cladel. Cette tante a été une source inépuisable tant par sa vie que par sa carrière littéraire. Légatrice testamentaire de ses archives littéraires, Dominique Rolin a puisé dans la longue et romanesque correspondance de sa tante avec l’écrivain Edmond Picard la matière de plusieurs de ses ouvrages (La Maison, la Forêt et sourtout L’Infini chez soi). Sa vie de femme libre et indépendante a également été un modèle. Enfin, elle a joué un rôle de médiatrice auprès du jury Femina, dans lequel la nièce succéda à la tante. Il y a dans l’œuvre littéraire de Dominique Rolin tout un imaginaire, des citations, des thèmes qui sont directement issus d’une mémoire familiale qu’elle n’a pas toujours explicitement signalée.

Juline Hombourger, Le travail du négatif dans Dulle Griet de Dominique Rolin
Cet article se propose d’étudier une œuvre majeure de Dominique Rolin, Dulle Griet, à travers le prisme du travail du négatif. Cette notion appartenant initialement aux domaines de la philosophie, puis de la psychanalyse, est également pertinente en littérature, notamment pour évaluer le degré de littérarité d’un texte. Dans cette œuvre, la polysémie prend tout son sens car d’une part, le texte semble s’approprier le refoulé et jouer avec le processus de répression psychique. Le travail du négatif apparaît alors comme un thème. D’autre part, l’écriture a l’air de mimer les mécaniques inconscientes. Cette mise en forme de l’auteure donne à voir une imagerie empreinte de la démesure propre au travail du négatif, dans son acception littéraire, où l’interchangeabilité des pôles contribue à la poétisation du roman.

Jean-François Plamondon, La nécessité déjouée comme possible vérité du moi rolinien
Par sa nature, la littérature échappe à la contingence. Système de communication écrite, elle veut restituer le réel mais ne peut que créer un ersatz discursif composé par et dans la nécessité. Dans sa Lettre au vieil homme, Dominique Rolin cherche à faire intervenir la part de contingence qui manque à toute organisation écrite, mais qui donne à la vie réelle des moments inattendus, à la découverte desquels le sujet se construit dans une dynamique de choix et d’actions libres. L’intervention des rêves et des rêveries, les jeux de miroir qui ponctuent par fragments la narration donnent en fait au récit l’impression qu’il vit en suivant une dynamique où la nécessité s’efface derrière la contingence d’un moi se posant comme une vérité parce qu’exprimé hors d’un cadre organisationnel dont les paramètres seraient dictés par la nécessité d’une forme narrative.

Katia Michel, La féminité: issues de secours. Évolution de la question féminine dans deux romans de Dominique Rolin
De son premier roman, Les Marais (1942) au Souffle (1952), dix ans plus tard, un changement de perspective traduit une évolution de la perception de la féminité chez Dominique Rolin. Frans De Haes soulignait, en 2006, le lien qui existe entre les figures féminines des deux romans où les femmes n’ont le choix qu’entre une maternité qui les détermine comme « femmes-formant-corps » ou une féminité bancale qui les enferme dans « une relation hainamoureuse au père ou au frère qui aboutit au drame ». À partir de cette observation, nous proposons une analyse de six personnages féminins qui se font écho d’un roman à l’autre, à travers les thèmes de la maternité, de la sexualité et de la mort. Nous verrons ainsi comment l’évolution de la figure féminine passe de l’impossibilité d’être femme à une vision plus élaborée qui ouvre des issues possibles à la féminité.

Maria Chiara Gnocchi, Dominique Rolin et la «nécessité» de William Faulkner
En 2004, âgée de 91 ans, Dominique Rolin indique comme incontournable la lecture de As I Lay Dying de William Faulkner (1930). Le rapprochement entre Rolin et Faulkner est plutôt inédit. Cet article présente le rapport qu’entretient Dominique Rolin avec la littérature anglophone et avec l’école moderniste en particulier et questionne l’influence que Faulkner peut avoir eue sur l’écrivaine belgo-française. Un parallèle est ensuite établi entre As I Lay Dying et La Maison, la Forêt (1965), le roman qui marque la conversion définitive de Rolin à un nouveau modèle d’écriture, largement redevable de l’esthétique de Faulkner.

Paul Aron, Cécile Vanderpelen-Diagre, «Notre grande aînée»: Dominique Rolin et Judith Cladel
Dominque Rolin is the niece of the writer Judith Cladel, daughter of naturalist author Leon Cladel. This aunt was an inexhaustible source both by his life than by his literary career. Executor of his literary archives, Dominique Rolin has tapped into the long and romantic correspondence between her aunt and the writer Edmond Picard the matter of several works (La Maison, la Forêt and mostly L’Infini chez soi). His life like an independent woman was also a model. Finally, she played a mediating role with the Femina jury, in which the niece succeeded her aunt. There is in the literary work of Dominique Rolin whole imaginary, quotes, themes directly from a family memory that she did not always explicitly reported.

Juline Hombourger, Le travail du négatif dans Dulle Griet de Dominique Rolin
This article is a study of a major work by Dominique Rolin, Dulle Griet, through the prism of the work of the negative. This concept has philosophical and psychoanalytic origins, though it is also relevant in literature, when it comes to evaluate the degree of literarity in a text. In this text, the polysemy really makes sense. Indeed, on the one hand, the text seems to annihilate the repressed and play with the process of psychological repression. Then the work of the negative appears like a theme. On the other hand, the writing seems to imitate unconscious mechanics. This shaping shows an imagery marked with the excessiveness that is specific to the work of the negative, in its literary sense, where poles interchangeability contribute to poetize the novel.

Jean-François Plamondon, La nécessité déjouée comme possible vérité du moi rolinien
According to its nature, literature slips out of contingency. As a written communication system, it wants to restore reality but is only able to create an ersatz speech composed by and in the necessity. In La Lettre au vieil homme, Dominique Rolin tries to give to the narrative discourse the gratuitous of the contingent reality usually missing in a written organisation but present in the real life. By letting dreams interfere in the narrative process, by opening the door to the daydreaming, by giving free access to the shimmering fragments in the construction of the narrative, Rolin is able to give the impression that the narrative is a living organism evolving in the contingency world, and that the I constructed in that scheme is an I emerging from a reality that has not been touched by the necessity peculiar to a narrative construction.

Katia Michel, La féminité: issues de secours. Évolution de la question féminine dans deux romans de Dominique Rolin
Dominique Rolin changes the perspective from his first novel, Les Marais (1942) to Souffle (1952), published ten years later, and that reflects a change in the perception of femininity. In 2006, Frans De Haes emphasized the connection between the female figures of these two novels where women have to choose between either the motherhood that determines them as « femmes-formant-corps » or a wobbly womanhood that locks in « une relation hainamoureuse au père ou au frère qui aboutit au drame ». With this observation in mind, we propose to analyse six female characters who echo from a novel to another, through the themes of motherhood, sexuality and death. We will see how the evolution of the female figure goes from the impossibility of being a woman into a more elaborate vision that opens up possible outcomes towards femininity.

Maria Chiara Gnocchi, Dominique Rolin et la «nécessité» de William Faulkner
In 2004, when she is 91 years old, Dominique Rolin indicates William Faulkner’s As I Lay Dying (1930) as an essential reading. The link between Rolin and Faulkner is rather new. This essay tackles the relationship that Dominique Rolin had with anglophone literature and specifically with the modernist school. It questions the influence that Faulkner may have had on the Belgian-French writer. A parallel is drawn, in particular, between As I Lay Dying and La Maison, la Forêt (1965), the novel that marks the Rolin’s final conversion to a new writing style which owes extensively to Faulkner’s aesthetics.

Paul Aron
Paul Aron (1956) est enseignant-chercheur de littérature belge et française. Docteur en philosophie et lettres de l’Université libre de Bruxelles, il est directeur de recherche au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) et professeur de littérature et théorie littéraire à l’Université Libre de Bruxelles. Il s’intéresse à l’histoire de la vie littéraire, principalement des XIXe et XXe siècles, aux relations entre les arts et entre la presse et la littérature. Il est notamment l’auteur, avec Cécile Vanderpelen-Diagre, d’Edmond Picard (1836-1924). Un bourgeois socialiste belge à la fin du dix-neuvième siècle. Essai d’histoire culturelle (Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, « Thèses et Essais », 2013).

Cécile Vanderpelen-Diagre
Cécile Vanderpelen-Diagre (1974) est enseignante-chercheuse en histoire. Docteure en philosophie et lettres de l’Université libre de Bruxelles, elle enseigne l’histoire du catholicisme, des institutions culturelles et des publics culturels à l’Université libre de Bruxelles. Elle est notamment l’auteure, avec Paul Aron, d’Edmond Picard (1836-1924). Un bourgeois socialiste belge à la fin du dix-neuvième siècle. Essai d’histoire culturelle (Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, « Thèses et Essais », 2013).

Juline Hombourger
Juline Hombourger est enseignante de français au collège Jean Vilar de Villetaneuse, près de Paris. Elle a soutenu sa thèse de doctorat en littératures francophones en Sorbonne en janvier 2012, sous la direction de Beïda Chikhi. Le texte de la thèse, intitulé Le travail du négatif dans l’œuvre romanesque de Réjean Ducharme, est en cours de publication. Elle a publié différents articles sur le même auteur (« De la mise en corps à la mise en mots, Réjean Ducharme, un exemple de performance en littérature », dans A. Douaire-Banny (dir.), Isthmes francophones: du texte aux chants du monde. Mélanges offerts à Beïda Chikhi, Paris, PUPS, 2012 ; « Le grotesque tragique dans l’œuvre romanesque de Réjean Ducharme », dans K. Holter, I. Skattum (dir.), La Francophonie aujourd’hui. Réflexions critiques, Paris, L’Harmattan, 2008…) ainsi que d’autres portant sur la question de la littérarité. Elle est aujourd’hui présidente de l’association Francographies qui a pour but de promouvoir, par le biais d’un site internet (< http://francographies.com/>), l’actualité des maisons d’édition francophones.

Jean-François Plamondon
Jean-François Plamondon enseigne à l’Université de Bologne depuis 2006. Il a codirigé de nombreux ouvrages collectifs sur le Québec parmi lesquels Cinéma et littérature au Québec 1995-2005 (2008) et Les Enjeux du pluralisme. L’actualité du modèle québécois (2010). En 2011, il a publié Figurations autobiographiques, essai sur deux textes autobiographiques de Georges Simenon. Il a dirigé le n. 62 de Francofonia, intitulé Femmes voyelles. Écrivaines du Québec (2012) et le n. 66, intitulé Émoi, émoi, émoi. Le discours autobiographique francophone comme espace conflictuel (2014). Il travaille actuellement à l’histoire de la littérature autobiographique au Québec et appartient à l’équipe de chercheurs en France dirigée par Françoise Simonet-Tenant, dont les travaux se concluront en 2015 par la publication du Dictionnaire de l’autobiographie française et francophone.

Katia Michel
Katia Michel est psychologue, psychanalyste et doctorante en littérature comparée à l’Université libre de Bruxelles, spécialiste de la littérature populaire. Elle a publié « À la recherche de Michel Morphy », Le Rocambole, 2013, n. 64-65, p. 301-314 et « Le roman sentimental revu et corrigé par Daniel Lesueur : L’Honneur d’une femme, Mortel secret et Nietzschéenne », Le Rocambole, 2016, à paraître.

Maria Chiara Gnocchi
Docteure en Littératures francophones à l’Université de Bologne et en Philosophie et Lettres à l’Université libre de Bruxelles, Maria Chiara Gnocchi est « professore associato » à l’Université de Bologne, où elle enseigne la littérature française du XXe siècle et dirige la revue Francofonia. Elle fait également partie des comités de rédaction de la Revue italienne d’études françaises, de Textyles. Revue des lettres belges de langue française et des Nouveaux Cahiers André Baillon. Ses domaines de recherche sont la littérature de l’entre-deux-guerres et l’histoire de l’édition (Le Parti pris des périphéries. Les « Prosateurs français contemporains » des éditions Rieder, 1921-1939, Bruxelles, Le Cri-CIEL, 2007; Correspondance André Baillon-Jean-Richard Bloch 1920-1930, Tusson, éditions du Lérot, 2009); les littératures coloniales (Tenebre bianche. Immaginari coloniali fin-de-siècle, Reggio Emilia, Diabasis, 2008, con L. Acquarelli, M. Baraldi, V. Russo); la littérature belge enfin, avec une attention particulière pour André Baillon et Dominique Rolin.

Interviews et inédits/Interviste e inediti

Jean-Luc Outers, L’instinct du bonheur. Dominique Rolin, le dernier entretien

Dominique Rolin, Breughel l’Enragé (inédit)

Comptes rendus/Recensioni

C. McDonald, S. R. Suleiman (dir.), French Global. Une nouvelle perspective sur l’histoire littéraire (P. Aron)

J. Bessière, S. André (dir.), Littératures du Pacifique insulaire. Nouvelle Calédonie, Nouvelle-Zélande, Océanie, Timor oriental. Approches historiques, culturelles et comparatives / Literatures of the Pacific Islands. New Caledonia, New Zealand, Oceania, East Timor : Historical, Cultural and Comparative Perspectives (M. Fenoglio)

S. Smadja, La Nouvelle Prose française. Étude sur la prose narrative au début des années 1920 (I. Vidotto)

C. Arnaud, Proust contre Cocteau (H. de Jacquelot)

Correspondance générale d’Eugène Sue, vol. II (1841-1845), éditée par J.-P. Galvan (P. Oppici)

Notes de lecture/Schede

Pubblicato con contributi del Dipartimento di Lingue, Letterature e Culture Moderne dell’Università di Bologna e del Service de la Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

ISBN 978 88 222 6414 5

2017-07-23T19:48:56+00:00