41
Automne / Autunno 2001

Max Loreau: la quete de l’imprévisible

Lire ce numéro sur JSTOR
Leggere questo numero su JSTOR

 

Sommaire / Indice

Adriano Marchetti, Hors-texte

Éric Clémens, Disparution

Robert Legros, La pensée du corps: une rupture avec la tradition du même

Lucien Massaert, L’« objet » peinture

Roland Hinnekens, Une phrase pour une logique de l’imprévisible

Andrea Bedeschi, L’alouette de perpétuelle venue

Henri Raynal, De nouveau je suis venu voir les « chants »

Serge A. Claeys, Un oedipe poétique

Gerard Bordé, Traversées du commencement

Bruno Vancamp, Parole et immanence

Joseph Noiret, L’instant d’avant de texte

Francine Loreau, E quindi uscimmo a riveder le stelle…

Max Loreau, Cerceaux

Max Loreau, Tombe

Bibliographie

Robert Legros, La pensée du corps: une rupture avec la tradition du même

La tradition qui réduit la perception à une perception objectivante (à la perception d’un donné, d’un état de choses déjà structuré) conçoit d’emblée le rapport au monde comme rapport de soumission à un donné préalable, mais peut aussi être considéré, selon la formule de Lévinas, comme une tradition du Même : elle conçoit, explicitement ou tacitement, le rapport à l’être comme une absorption de l’Autre par le Même. En revanche, la manière dont Max Loreau ressaisit la perception comme perception « errante », « pré-conceptuelle », et le corps comme foyer d’une création se faisant, est en radicale rupture avec la « tradition du Même ». L’homme, dans cette pensée nouvelle de l’Autre, n’est plus un sujet, non pas seulement parce qu’il n’est plus en position de soumission à l’égard d’un objet, ni en position de maîtrise à l’égard d’un matériau, mais aussi parce qu’il est en mesure de se laisser atteindre par ce qui ne dépend pas de lui, toucher par ce qui le déborde infiniment, affecter par ce qui habituellement reste occulté par l’évidence du donné, ébranler par ce qu’il n’attendait pas.

Lucien Massaert, L’« objet » peinture

Le texte suit pas à pas la démonstration de Max Loreau dans son ouvrage Jean Dubuffet. Stratégie de la création : développement en trois temps, depuis le battement sol/mur et ce qui s’y joue d’une remontée à la surface du fond et d’une dissolution de l’opposition duelle fond/figure, en passant par l’invention topologique d’un objet de peinture, jusqu’au questionnement d’un logos, d’un travail du langage sur lui-même, logos qui suspend définitivement la suprématie de la seule dimension visuelle du travail plastique. Ce parcours prend tout son relief dans sa mise en relation avec la philosophie de Max Loreau qui toujours a choisi de prendre les détours de la peinture et de la poésie pour tracer son chemin de pensée.

Roland Hinnekens, Une phrase pour une logique de l’imprévisible

La lecture, proposée ici, tente de dégager les lignes de force d’une logique de l’imprévisible que nécessite l’apparaître, envisagé dans son mouvement de genèse phénoménale, par delà les apories du langage qui, bien qu’il se présuppose, appelé un au-delà de lui-même, le corps du monde en sa perpétuelle éclosion, et par delà le modèle perceptif qui, depuis Platon, sous-tend la pensée. Elle suit pas à pas la puissante phrase rythmique qui, entrelaçant le discours poétique et le discours philosophique, se déploie dans l’ouvrage de Max Loreau, Cri – Éclat et phases, tout en soulignant de manière interrogative des différentes phases de son articulation. Elle vise en somme à démontrer que ce livre est le creuset du travail poétique et philosophique qui occupa Max Loreau jusqu’à sa mort.

Andrea Bedeschi, L’alouette de perpétuelle venue

Les Chants de perpétuelle venue de Max Loreau, recueil de poèmes publié en 1977, nous mettent au cœur de la problématique majeure du philosophe et poète belge, ce qu’il a appelé la genèse du phénomène. Dans le dernier de ces longs poèmes paraît la figure de l’alouette, sur laquelle cette étude se concentre en y retrouvant les traits de l’image traditionnelle tels que les a mis en évidence G. Bachelard dans ses enquêtes sur l’élément aérien, et en l’envisageant en même temps du point de vue de l’originalité de son emploi. La poésie, déjà moderne, du romantisme anglais, et tout particulièrement le poème To a Skylark de P. B. Shelley, sert alors de terme de comparaison pour mesurer et comprendre la spécificité d’une alouette qui, conformément à la fiction de la naissance phénoménique caractérisant l’œuvre de Loreau, peut être dite « de perpétuelle venue »

Henri Raynal, De nouveau je suis venu voir les « chants »

Il paraîtrait qu’on écrirait pour compenser un manque. Ce n’est certainement pas en lisant Chants de perpétuelle venue qu’on le vérifiera. Ils naissent de l’excès. Max Loreau est assailli par la lumière, l’éblouissement de la tenaille ; Phôs s’est emparé de lui. En lui elle transfuse une énergie qui s’appelle alors émotion. L’y accumule. C’est un cas de possession. L’enthousiasme, à l’étroit, se cherche une issue. Non sans violence. Les mots qui jaillissent pour dire l’adoration et son tourment se rompent. Glorieuse infirmité du verbe : la toute neuve surface de la troncature brille! Étrange compétition entre la lumière et le poème : celui-ci ne suffit pas à la tâche et pourtant le spectacle inouï ne le comble pas. Il veut étendre, porter plus haut, plus loin, la coupole de la lumière. Il a une ambition démesurée pour la lumière.

Serge A. Claeys, Un oedipe poétique

Selon Max Loreau, Platon a fixé une fois pour toutes la métaphysique occidentale, les règles d’un accès à la vérité en faisant de la parole une servante dominée par la vision des idées, et de l’origine une question dangereuse. Ces deux questions vont être radicalement repensées par Max Loreau dans une relecture de Platon et de Sophocle que j’examine ici. J’aborde ensuite la question de la proximité de ces recherches phénoménologiques avec quelques développements de la psychanalyse. Après avoir montré un certain nombre de points de rapprochement, notamment autour de la naissance, puis de la pratique analytique, je conclus de la limite d’une telle comparaison sur le thème du monde (monde réel, monde fantasmatique).

Gerard Bordé, Traversées du commencement

De la genèse du sensible à celle du phénomène, les chemins de l’œuvre de Max Loreau sont des traversées vers « un autre commencement ». Ce dernier s’atteste dans un mode de philosopher singulier irréductiblement ancré dans l’intimité de la « chose même » : le faire-œuvre. De ses confrontations aux expériences créatrices les plus radicales à l’épreuve de sa propre création poétique et philosophique, l’auteur déploie, dans une langue inédite, une subtile phénoménologie du logos poétique frayant ainsi une voie nouvelle pour la phénoménologie elle-même.

Bruno Vancamp, Parole et immanence

L’œuvrede Max Loreau dessine les contours d’une parole neuve, jaillissement spontané et originaire à quoi rien n’est préalable et qui, pour cette raison même, ne vise aucun terme, mais a lieu de part en part dans l’immanence. Cette profération, dans laquelle la parole ne dit rien d’autre qu’elle-même en tant qu’elle se crée, est ce qui fonde notre accès au monde comme nôtre ; par là, elle se confond éminemment avec l’œuvre de la littérature.

Comptes rendus/Recensioni

M. Loreau, Genèses (Cri II) (Denis Seron)

Dossier: Hommage à Max Loreau (Florence Le Marchand)

M. Loreau, De la création. Peinture, poésie, philosophie, Choix de textes et lectures d’É.Clémens (Riccardo Campi)

M. Loreau, Dans l’éclat du moment e Le matin d’Orphée, Traduzione con testo a fronte e commento di A. Marchetti (Riccardo Campi)

A. Siganos, Mythe et écriture. La nostalgie de l’archaïque (Maria Chiara Gnocchi)

G. Poli, Un secolo di teatro francese (1886-1996) (Monica Fiorini)

Le statut du sujet dans le récit de mémoire. Actes du Colloque de Venise, 28-29 novembre 1997, sous la direction de Lucia Omacini (Magda Campanini Catani)

V. Larbaud, Un vizio impunito, la lettura e altri scritti, a cura di R. Campi (Andrea Bedeschi)

Pascal Quignard La mise au silence. Adriano Marchetti (dir.), précédé de La voix perdue, de Pascal Quignard (François Picard)

Racine poète, “La Licorne”, 50, texyes réunis et présentés par Bénédicte Louvat et Dominique Moncond’huy (Maria Chiara Gnocchi)

P. Placella Sommella, Il lessico del potere in dizionari ed enciclopedie francesi tra Seicento e Settecento (Nadia Minerva)

Notes de lecture/Schede

Pubblicato con contributi dell’Università di Bologna.

2017-06-01T15:07:12+00:00