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Printemps / Primavera 2003

Jules Verne. Mondes utopiques, mondes fantastiques

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Sommaire / Indice

Renaud Pasquier, Jules Verne, écrivain frontalier. L’indétermination générique des Voyages extraordinaires

Piero Gondolo Della Riva, Appunti sull’utopia in Verne

Elena Pessini, La robinsonnade de Jules Verne ou l’utopie de l’imprévisible apprivoisé

Carmelina Imbroscio, Jules Verne e l’immaginario di Parigi nella letteratura d’anticipazione

Massimo Del Pizzo, Zacharius al tè del cappellaio

May Spangler, L’utopie post-coloniale de L’île mystérieuse

Nadia Minerva, Verne contro Verne: Jules, Michel e l’isola di Hoste

Renaud Pasquier, Jules Verne, écrivain frontalier. L’indétermination générique des Voyages extraordinaires
De quel(s) genre(s) relèvent les Voyages extraordinaires? On affronte cette épineuse question en examinant différentes propositions historiquement avancées. L’hypothèse d’une image unifiée se heurte à une impossible dénomination, tandis que la figure d’une mosaïque romanesque, plus adéquate à la richesse de l’œuvre, aboutit à la regarder comme «inclassable». Si le terme, qui met en exergue la singularité de l’œuvre, a une réelle portée évaluative, il ne permet guère de rendre compte de la relation spécifique qu’entretient Verne avec la généricité. On risque donc, en l’éprouvant sur un extrait de Vingt mille lieues sous les mers, l’hypothèse d’une configuration originale, où le texte vernien se définit comme tension entre de multiples pôles génériques, sans qu’aucun ne prenne l’ascendant sur les autres. Dans un champ littéraire où généricité et littérarité sont disjointes, cette indétermination par excès de déterminations définit en dernière instance une position limite, aux frontières de la littérature.

Piero Gondolo Della Riva, Appunti sull’utopia in Verne
Même si Jules Verne n’a jamais écrit de véritables utopies, on peut retrouver tout au long de sa production des thèmes utopiques, notamment celui de la Cité Idéale, qui sera Paris dans Paris au XXe siècle, France-Ville dans Les Cinq cents millions de la Bégum, Centropolis (ou Universal-City) dans La Journée d’un journaliste américain en 2890… Son choix d’imaginer sur le sol américain de nouvelles formes d’agrégation sociale (voir entre autres, la colonie des naufragés dans L’île mystérieuse) signale enfin l’attention qu’il prête aux projets des socialistes utopiques de son temps, comme Cabet et Owen, avec lesquels il partage l’intérêt pour le progrès scientifique.

Elena Pessini, La robinsonnade de Jules Verne ou l’utopie de l’imprévisible apprivoisé
Notre analyse qui se concentre essentiellement sur deux romans de Jules Verne, L’île mystérieuse, sans doute une des plus célèbres histoires verniennes, et L’Oncle Robinson, écrit en 1870 mais sorti des tiroirs posthume en 1991, s’interroge sur les rapports entre le genre lancé par Defoe en 1719 et les aventures créées par Jules Verne ou plus précisément sur les rapports que les romans de l’écrivain français entretiennent avec le genre de la robinsonnade. Lieux textuels de la recréation du monde, de la société, des rapports humains et des conquêtes de la science et de la technologie, les univers clos de Verne, au fonctionnement parfait et irréprochable, laissent toutefois entrevoir des failles et des faiblesses qui annoncent les nouveautés dont se nourriront les histoires des Robinsons du XXe siècle et en particulier le motif du retour impossible.

Carmelina Imbroscio, Jules Verne e l’immaginario di Parigi nella letteratura d’anticipazione
L’imaginaire de la ville, bien présent dans la production de Jules Verne, trouve son expression la plus significative dans Paris au XXe siècle, roman de jeunesse, assez récemment retrouvé. Ce Paris à venir est le fruit d’une inspiration inquiète, alimentée par la prise de conscience que la course exaspérée au progrès technologique et au profit matériel comporte l’aliénation de l’identité individuelle et collective. À travers une confrontation avec d’autres romans d’anticipation exploitant la même filière, on relève combien cette inquiétude face à l’avenir est répandue chez les romanciers contemporains de Verne. Un examen comparé de Paris au XXe siècle avec d’autres romans verniens permet enfin de dessiner une image de l’écrivain bien moins optimiste à l’égard des bienfaits du progrès que celle que ses Voyages extraordinaire nous ont léguée.

Massimo Del Pizzo, Zacharius al tè del cappellaio
Maître Zacarius est un récit qui, comme d’autres contes verniens, n’a suscité que récemment l’attention de la critique. Il anticipe des constantes qu’on retrouvera dans les Voyages extraordinaires : co-présence du tragique et du grotesque, problème éthique et philosophique de la modification de la nature à travers la science, antagonisme entre l’homme et Dieu… L’analyse du thème du temps, tel qu’il est présenté dans les aventures d’Alice de Lewis Carrol, permet d’en signaler l’importance dans le récit en question, ainsi que dans toute la production romanesque de Jules Verne.

May Spangler, L’utopie post-coloniale de L’île mystérieuse
L’île mystérieuse de Jules Vernes problématise l’élaboration d’un projet colonial dans une pensée post-coloniale. La colonisation saint-simonienne de l’île, collective, économe et pacifique, ne résout pas la question de la colonisation de l’autre. Nab l’esclave libéré est relégué aux tâches ménagères, Jup l’orang outan est adopté comme domestique, et la femme bien qu’absente, se manifeste en tant que terre d’accueil fécondée par les colons. Cette terre refusera son exploitation, l’île explosera avec ses travaux de colonisation et en engloutissant l’utopie post-coloniale.

Nadia Minerva, Verne contro Verne: Jules, Michel e l’isola di Hoste
Les trahisons de Michel Verne manipulateur de l’œuvre de son père Jules sont connues. Les naufragés du Jonathan en sont un exemple. Après la publication de En Magellanie, version d’origine considérablement transformée, en accord avec l’éditeur Hetzel, pour des fins commerciales, la critique a recensé les nombreux écarts entre les deux versions de l’histoire du Kaw-djer fournies par le père et par le fils. Mais c’est surtout la portée utopique qui se rétrécit de l’une à l’autre : l’utopie de Michel contre celle de Jules, ou mieux, la désillusion du fils contre les espoirs du père ; deux générations sont en confrontation sur les grands sujets politiques et sociaux de la fin du XIXe siècle et ce face à face sanctionne le déclin de l’utopie positiviste du progrès et le tarissement de la veine philanthropique du socialisme utopique.

Comptes rendus/Recensioni

J.-P. Dekiss, Jules Verne l’enchanteur, biographie (Elena Pessini). Contes et Nouvelles de Jules Verne. “Hier et demain” précédé de trois contes (Carmelina Imbroscio)

N. Minerva, Jules Verne aux confins de l’utopie (Patrizia Oppici)

J. Chesneaux, Jules Verne. Un regard sur le monde (Stefania Bartoccioni)

«Revue Jules Verne», n. 13-14 (Stefania Bartoccioni)

«L’Instinct voyageur». Creazione dell’io e scrittura del mondo in Chateaubriand (Patrizia Oppici)

Isis, Narcisse, Psyché, entre Lumières et Romantisme. Mythe et écritures, écritures du mythe (Florence Martineau)

Notes de lecture/Schede

Numero pubblicato con finanziamento MIUR / Ateneo di Bologna. Progetto «Da e verso la letteratura. Modalità di transfert» diretto da Carmelina Imbroscio.

2017-03-27T15:56:37+00:00