Sommaire / Indice

Mary Jo Muratore, Emancipating narratives: the diasporic struggle reframed in Pineau’s «L’exil selon Julia»

Fatima Qader, Œuvres et manœuvres dans «Historia universal de la infamia» de Jorge Luis Borges et «Loin de Médine» d’Assia Djebar

Ilaria Rigano, Il paradigma dell’io nei récits di Jean Genet (autore, narratore e personaggio)

Jacques Noiray, L’«effet de science» dans «Vingt mille lieues sous les mers»

Agnese Silvestri, Don Giovanni alla «croisée des chemins». «Les âmes du purgatoire» di Mérimée

Paolo Budini, Quattro sonetti di Louise Labé: la notte, la morte

Mary Jo Muratore, Emancipating narratives: the diasporic struggle reframed in Pineau’s «L’exil selon Julia»
L’Exil selon Julia, roman de Gisèle Pineau, textualise la quête narrative d’une protagoniste qui, éloignée de son pays maternel, déplacée et déshéritée, cherche à redécouvrir les vestiges d’une identité ravagée lors du passage transatlantique. Chez Pineau, cet acte de recherche et de réinvention, ne remonte pas au continent africain, mais aux Antilles de la Caraïbe. Or, l’héroïne, rejetée a priori par la société française et comme presque bannie, faut-il y insister, ne se sent aucunement liée ni à l’Afrique ni à la Guadeloupe. Être dépossédé, en somme. Sans doute la protagoniste, tellement emprisonnée, eût-elle existé sans palliatif dans ce monde de dépaysement insoutenable si sa grand’mère, Julia, une fois arrivée en France, ne l’en avait pas libérée.  Que ce soit un acte expressément actualisé ou effectué à son insu, Julia, en tant que force libératrice, incite l’héroïne à apprécier à sa juste valeur ses propres racines historiques et culturelles.  Le langage, au lieu de fonctionner alors comme un mécanisme de distancement et de subversion, devient un agent de rédemption. Réifiée et inspirée par les nombreux récits légendaires et personnels dont sa grand’mère lui fait part, la protagoniste surmonte et transcende l’oppression en se consacrant pleinement à l’acte de création intellectuelle.  Aussi la narration fictionnelle que fait naître l’héroïne remporte-t-elle la victoire: à l’univers incohérent et aliénant se succède une nouvelle vision et la re-découverte d’une précieuse identité autrefois annihilée. Métamorphose triomphale.

Fatima Qader, Œuvres et manœuvres dans «Historia universal de la infamia» de Jorge Luis Borges et «Loin de Médine» d’Assia Djebar
Dans son livre L’Ironie ou la bonne conscience, Vladimir Jankélévitch distingue deux sortes d’ironie: l’une est négative, elle «se contente de monter en épingle le scandale», tandis que l’autre est positive puisqu’elle «collabore personnellement avec ce scandale». À la lumière de cette citation, on propose une lecture qui met en évidence quelques figures démoniaques croisées dans Historia universal de la infamia de Jorge Luis Borges et dans Loin de Médine d’Assia Djebar. La fonction ironisante de ces (anti)héros est de parodier certaines valeurs religieuses. Quelle serait donc la finalité de ce dés/ordre chaotique suscité par la création
de quelques imposteurs dont les propos sardoniques déforment les discours de référence?

Ilaria Rigano, Il paradigma dell’io nei récits di Jean Genet (autore, narratore e personaggio)
Dans les romans de Jean Genet, la question délicate et ambiguë de la création du personnage, entité distincte de l’auteur et du narrateur, relève de l’emploi du paradigme littéraire où le «moi parlant» peut toujours être recondut à la figure de l’auteur. Le jeu où l’idée même de personnage est niée en faveur d’entités dont Genet nous dit qu’elles ont l’air d’être multiple, commence par une sorte de mort référentielle nécessaire – non destructrice mais génératrice de nouvelles identités. Le personnage, dans les étapes successives de sa recomposition, devient ainsi à la fois abri, véhicule et célébration des fragments identitaires multiples, que Genet lui confie, et de son langage poétique. L’identité de notre auteur, disséminée dans tous ses personnages, n’est donc que perception d’une absence qui est en même temps une présence constamment en fuite vers la recherche d’une identité qui exprime un manque.

Jacques Noiray, L’«effet de science» dans «Vingt mille lieues sous les mers»
Le romancier scientifique n’est que très rarement un véritable savant, un spécialiste du domaine dont il va parler. C’est seulement un savant d’occasion, hâtivement et provisoirement documenté, qui doit, pour accomplir la mission didactique qui lui a été confiée et combler l’attente de son public, faire la preuve de son savoir et de sa capacité à transmettre ce savoir. Pour cela, le romancier dispose d’un certain nombre d’instruments destinés à manifester sa compétence, à en imposer l’idée au lecteur, et à créer dans son texte un « effet de science » analogue à l’« effet de réel » que Roland Barthes analysait naguère chez les romanciers réalistes. En se fondant sur l’étude de Vingt mille lieues sous les mers, certainement le plus riche de tous les romans de Jules Verne en éléments de vulgarisation scientifique, le présent article cherchera à dégager l’ensemble des procédés qui concourent à produire cette illusion et proposera un nouvel instrument de décryptage du genre romanesque au dix-neuvième siècle.

Agnese Silvestri, Don Giovanni alla «croisée des chemins». «Les âmes du purgatoire» di Mérimée
Écrite en 1834, lorsque l’idéalisation romantique de don Juan était en plein essor, la nouvelle de Mérimée a été la première à établir la fusion littéraire entre le sulfureux Tenorio et le personnage historique de don Miguel Mañara, mort au couvent en odeur de sainteté. Cependant, loin d’aboutir à une lecture idéalisée et angélique du mythe donjuanesque – qui était déjà dans quelques productions contemporaines de la nouvelle et qui le sera davantage dans celles qui suivront -, Les Âmes du Purgatoire sapent à la source le crédit que l’on peut faire à la rédemption de don Juan. Pieux, valeureux et naïf, le don Juan de Mérimée se laisse néanmoins instruire à la débauche par un ami, don Garcia. Celui-ci, chargé par l’auteur du rôle du véritable don Juan, dévoile le fond hypocrite des enseignements moraux reçus par le jeune homme. En dédoublant le rôle de don Juan entre le personnage éponyme et don Garcia, Mérimée prend ses distances du modèle libertin du XVIIIe, exprime sa nostalgie pour le message transgressif du mythe et, en même temps, ironise sur ses métamorphoses romantiques. Don Juan, poussé enfin au couvent par la vision de ses propres funérailles, dénonce en réalité toute la tartuferie de l’institution ecclésiastique ainsi que celle de son repentir.

Paolo Budini, Quattro sonetti di Louise Labé: la notte, la morte
Dans le canzoniere de Louise Labé seulement deux sonnets évoquent la nuit et le lit: d’une part, le cinquième sonnet, dans lequel le sujet (la dame amoureuse seule dans son lit) crie son mal dans la nuit; c’est un sonnet qui se clôt cruellement sur l’aveu de ce cri, s’appuyant durement sur une rime masculine; d’autre part, le neuvième, dans lequel la dame, encore une fois seule dans son lit, rêve de son bien-aimé absent, présent en elle en esprit, et s’endort doucement dans son songe, qui est sans doute un mensonge, mais qui est heureusement placé dans une rime féminine finale. Deux autres sonnets sont également consacrés au thème de la mort: le treizième, dans lequel la dame pense à son bien-aimé absent et imagine une étreinte qui aboutirait à une mort heureuse, adjectif justement placé dans une rime féminine finale; le quatorzième, dans lequel la dame réfléchit d’abord sur sa situation actuelle de femme amoureuse, puis sur son avenir, le moment où elle n’aimera plus, le moment où elle voudra mourir: conclusion s’appuyant, encore une fois durement, sur une rime masculine.

Interviews et inédits/Interviste e inediti

Liesbeth De Bleeker, Entretien avec Patrick Chamoiseau

Comptes rendus/Recensioni

H. Bouraoui, Transpoétique. Éloge du nomadisme (C. Licari)

Littératures du Pacifique. Voix francophones contemporaines, Textes réunis par S. André et présentés par A. Marchetti (P. Budini)

«Études Francophones», Dossier thématique: Bande Dessinée Belge (M. C. Gnocchi)

Pour la défense de la culture. Les textes du Congrès international des écrivains – Paris, juin 1935, Textes réunis et présentés par S. Teroni et W. Klein; S. Teroni (a cura di), Per la difesa della cultura. Scrittori a Parigi nel 1935 (A. Silvestri)

A. Ottani Cavina, Les paysages de la Raison. La ville néo-classique de David à Humbert de Superville (P. Budini)

Notes de lecture/Schede

Articoli pubblicati nei primi 50 numeri di «Francofonia» a cura di F. Torchi

Pubblicato con contributi dell’Università di Bologna e del Centre Culturel français de Milan