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Printemps / Primavera 2007

Dossier Anne Hébert

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Sommaire / Indice

Jean-François Plamondon, Autofiction québécoise et pactes de lecture: une mise au point

Gaëlle Cooreman, Cheminer seule et subalterne : Passages d’Émile Ollivier ou la triple déconnexion des boat people haïtiens

Maria Chiara Gnocchi, Des fusils qui cracheraient de l’encre. Les premiers récits francophones nés sous les armes

Paolo Budini, Trois fables mythologiques de Louise Labé: Zéphyr, Diane, l’harmonie céleste

Trois études sur Anne Hébert

Daniel Marcheix, Désir, espace et régimes d’interaction dans l’œuvre romanesque d’Anne Hébert

Anne De Vaucher Gravili, Dès le début, la violence: Le Torrent d’Anne Hébert

Elena Marchese, De l’assujettissement à la révolte. Figures de l’espace dans le théâtre hébertien

Jean-François Plamondon, Autofiction québécoise et pactes de lecture: une mise au point
À la suite d’un désaccord avec la théorie des contrats de lecture exposée dans Le Pacte autobiographique de Philippe Lejeune, Serge Doubrovsky crée un terme qui fait boule de neige, l’autofiction, désignation qui lui permet de camper sa production littéraire dans une nouvelle famille de textes. Les auteurs qui se réclament de cette singulière appellation générique proclament la représentativité du discours comme un obstacle à l’expression du réel, et illustrent du même coup l’aporie du projet autobiographique. À notre avis, il s’agit d’un faux problème, puisque depuis toujours les autobiographes ont été conscients d’utiliser les mécanismes de fiction pour énoncer le vrai. Dans cet article, nous tentons de démontrer, à partir du corpus québécois, qu’au-delà de la stylistique littéraire, les pratiques ritualisées des informations péritextuelles renversent le désenchantement autobiographique et donnent raison à l’approche pragmatique de Lejeune.

Gaëlle Cooreman, Cheminer seule et subalterne : Passages d’Émile Ollivier ou la triple déconnexion des boat people haïtiens
La globalisation et la mondialisation actuelles n’empêchent pas que des pays, des peuples entiers et des problématiques souvent très inquiétantes demeurent largement inaperçus, voire ignorés. Tel est bien la triste situation des milliers de boat peoplehaïtiens qui, les dernières décennies, ont tenté la traversée vers les États-Unis. Fuyant une répression politique et une crise économique sans fin, ils ont souvent disparu, sans laisser de trace. Avec Passages (1991), Émile Ollivier est le premier auteur haïtien qui leur ait consacré un roman. C’est par le biais du genre du testimonio (fictif) qu’il réussit à leur donner une voix, voire un visage, en attirant en même temps l’attention sur les difficultés de la transmission de leur expérience migratoire souvent extrêmement violente.

Maria Chiara Gnocchi, Des fusils qui cracheraient de l’encre. Les premiers récits francophones nés sous les armes
L’actualité culturelle française invite à la redécouverte de deux récits francophones de la première heure: Ahmed ben Moustapha, goumier de l’Algérien Mohammed ben Si Ahmed ben Chérif (Payot, 1920) et Force-Bonté du tirailleur sénégalais Bakary Diallo (Rieder, 1926), fruit de l’expérience des deux auteurs lors de la campagne du Maroc et de la Première Guerre mondiale. Ces œuvres font preuve d’une grande complaisance vis-à-vis de l’impérialisme français. Selon l’écrivain algérien, la République mettrait en pratique, au début du XXe siècle, les enseignements coraniques délaissés par de nombreux gouvernants arabes. Pour l’écrivain sénégalais, à la France reviendrait la tâche d’apporter la paix dans le monde, et ce grâce au pouvoir médiateur de sa langue, qui exerce un charme irrésistible vis-à-vis de l’ancien berger peuhl. Ahmed ben Moustapha, goumier et Force-Bontépeuvent être classés comme des récits de guerre, mais leur essence est tout autre, et réside dans la confrontation, dans la rencontre et dans le dialogue – souvent esquissés de manière idyllique – entre différents pays et différentes cultures.

Paolo Budini, Trois fables mythologiques de Louise Labé: Zéphyr, Diane, l’harmonie céleste
Trois sonnets, parmi les vingt-quatre qui forment le canzoniere de Louise Labé, proposent à l’attention du lecteur des fables mythologiques: Zéphyr célébrant l’arrivée du Soleil au printemps (XV); Diane au milieu de ses Nymphes (XIX); l’harmonie céleste réglée par les rapports amoureux entre les dieux (XXII). Les états d’âme de la femme amoureuse, énonçant elle-même ses problèmes intimes, forment le fond du discours, chaque fable étant une allégorie choisie et adaptée à la situation personnelle qu’elle a la fonction d’évoquer. Le Soleil est assimilé au Bien-aimé; la Nymphe de Diane se confond avec la dame, sujet énonçant: elle a essayé en vain de blesser de ses flèches «un passant», mais c’est lui qui l’a blessée avec ces mêmes flèches; l’ordre qui régit le mouvement harmonieux des astres dans le ciel n’est possible que grâce à leur présence constante: une absence de l’être aimé – c’est la situation dans laquelle se trouve la dame – l’anéantirait.

Trois études sur Anne Hébert

Daniel Marcheix, Désir, espace et régimes d’interaction dans l’œuvre romanesque d’Anne Hébert
Profonde et dérangeante, l’œuvre d’Anne Hébert scrute avec passion le sous-monde obscur et trouble du désir naissant, des pulsions de vie et de mort inextricablement mêlées. Dans cette exploration tenace et assidue, l’espace tient une place essentielle, comme si le désir ne s’exprimait qu’ancré dans une réalité spatio-élémentaire qui l’incarne et le révèle. Loin d’être de simples décors, les lieux sont actorialisés, actantialisés et s’établissent, face au sujet, en véritables partenaires pour de multiples interactions somatiques et sensibles qui structurent et modulent des parcours de vie. Ainsi, aux interactions fusionnelles mais rapidement perverties des maisons et jardins d’enfance succèdent, dans une étroite complémentarité, le corps à corps esthésique avec l’eau vive et l’exposition au risque majeur de la rencontre avec l’Autre dans l’espace menaçant de la route. Si l’eau propose une coalescence contagieuse entre monde intérieur et monde extérieur qui ne laisse que peu de place à l’ajustement euphorique, la route livre le sujet à des comportements ségrégatifs qui suscitent la répulsion et l’altération de soi.

Anne De Vaucher Gravili, Dès le début, la violence: Le Torrent d’Anne Hébert
L’œuvre d’Anne Hébert est un long parcours des ténèbres vers la lumière où les actes de violence marquent au fer rouge presque tous ses personnages. Le Torrent, premier récit en prose, est de loin le plus intéressant de ce point de vue, surtout au plan de l’écriture où s’entremêlent deux registres linguistiques en opposition: une langue qui obéit à une rhétorique chrétienne et qui tend à exprimer la domination de soi, la possession de soi, et une langue nouvelle qui, au contraire, dit le mal, la cruauté, le crime. La force symbolique du texte reste encore inexplicable et laisse le lecteur bouleversé par tant de violence.

Elena Marchese, De l’assujettissement à la révolte. Figures de l’espace dans le théâtre hébertien
Le théâtre hébertien, encore peu étudié par la critique, peut se définir comme un théâtre engagé en raison d’une écriture féministe vigoureuse tendant à affirmer une vision différente de l’Histoire. Anne Hébert, en reprenant des faits historiques anciens, réécrit l’Histoire pour en donner une version différente, subjective et puissante. Les personnages féminins, évincés de l’Histoire et maltraités par le discours historiographique, parviennent, dans les pièces L’Île de la Demoiselle et La Cage, à triompher de la mort et à affirmer leur désir de vie. Ainsi, à travers l’étude de quelques figures spatiales qu’on retrouve dans les textes, nous tenons à démontrer que l’espace dans lequel évoluent les héroïnes assume plusieurs significations dont la valeur symbolique apparaît comme essentielle. Les personnages parviennent à déjouer leur destin, à briser la longue chaîne de soumission imposée par le pouvoir patriarcal à la suite d’un voyage qui se lit aussi comme parcours initiatique aboutissant à l’affirmation de leur propre subjectivité.

Interviews et inédits/Interviste e inediti

Jessica Agletti, Entretien avec Évelyne Trouillot

Lise Gauvin, De la beauté à la connivence. Entretien avec Édouard Glissant

Comptes rendus/Recensioni

P.-L. Fort (dir.), Marguerite Yourcenar, «un certain lundi 8 juin 1903» (E. Pessini)

J.-M. SeillanAux sources du roman colonial. L’Afrique à la fin du XIXe siècle (M. C. Gnocchi)

M. HuchonLouise Labé, une créature de papier (P. Budini)

Notes de lecture/Schede

Pubblicato con contributi dell’Università di Bologna.

2017-03-27T15:35:08+00:00