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Printemps / Primavera 2008

Attualità di Madame Bovary e delle Fleurs du mal a 150 anni dalla pubblicazione

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Sommaire / Indice

Franca Zanelli Quarantini, Presentazione

Stefano Agosti, Flaubert e la poesia della prosa

Michel Brix, Flaubert et les professeurs du désespoir

Baldine Saint GironsMadame Bovary: un universel d’imagination

Éric Le Calvez, Faire une phrase

Franck Dalmas, Emma Bovary: ni (mi)-ange, ni (mi)-démon? Plaidoyer pour une phénoménologie de l’existence

Rosita Copioli, Voce lirica e bêtise nella « prima » Madame Bovary

Patrizia Oppici, Le fabuleux destin de Charles Bovary

Raul Calzoni, Lo spettro dei Bovary. Incontri pericolosi in Buridans Esel di Günter de Bruyn e Lust di Elfriede Jelinek

Silvia Albertazzi, «Madame Bovary, c’est lui!». Gustave Flaubert, Julian Barnes e l’eterna monotonia della passione

Maurizio Ascari, Le avventure di Gemma Bovery e del panettiere Joubert

Paolo Budini, Le procès des Fleurs du mal: pourquoi condamner Les Bijoux et non Une martyre?

Franca Zanelli Quarantini, «Et ces maudites Fleurs du mal qu’il faut recommencer»

Giovanni Cacciavillani, Dalla depressione di morte al dolce parlar materno

Riccardo Campi, «Tout pour moi devient allégorie». Benjamin lettore di Baudelaire

Maria-Luce Colatrella, Figuration, érotisme et modernité dans les éditions illustrés des Fleurs du mal

Carla Pellandra, Il timido ingresso di Baudelaire nella scuola italiana

Gino Scatasta, Le tre età di Baudelaire in Inghilterra

Stefano Agosti, Una traduzione delle Fleurs du mal

Gianni Scalia, Un biglietto per Paolo Budini

Paolo Budini, Tradurre oggi le Fleurs du mal

Franca Zanelli Quarantini, A colloquio con Giuseppe Montesano

Stefano Agosti, Flaubert e la poesia della prosa
Véritable mise en scène d’une écriture harmonique, où les éléments du texte sont pris dans des réseaux multiples de relations (“poesia della prosa”), ce qui implique un débordement du sens par rapport au récit, Madame Bovary témoigne aussi du phénomène opposé: à savoir l’introduction d’un manque dans les systèmes de signification, ce qui aboutit à une représentation en perpétuel défaut d’accomplissement. Deux modalités donc – inverses et complémentaires – d’approche du réel, dont nous présentons ici un choix d’occurrences textuelles, accompagnées de leur protocole de lecture.

Michel Brix, Flaubert et les professeurs du désespoir
Gustave Flaubert fait partie de ces rares auteurs dont la gloire a été reconnue jusque dans les dictionnaires de noms communs, lesquels ont accueilli le mot bovarysme pour désigner la maladie dont souffre l’insatisfaite héroïne du roman de 1857. Cette promotion lexicale est d’autant plus remarquable qu’elle concerne une réalité qui existait déjà bien avant Flaubert et qui avait, par exemple, fait l’objet de descriptions très développées dans l’œuvre de Balzac. Délaissant les évocations balzaciennes du bovarysme, la postérité a tranché en faveur du roman de Flaubert. On trouve, suggéré dans pareil choix, un jugement de valeur: il est incontestable, au demeurant, que la modernité a placé l’écrivain Flaubert au-dessus de Balzac. Mais pourquoi, au fond, la modernité s’est-elle prononcée en faveur de Flaubert? Par quelles affinités se rapprochait-elle plutôt de l’auteur deMadame Bovary que de l’auteur de La Comédie humaine? Qu’est-ce qui distingue les deux écrivains, notamment dans la peinture que l’un et l’autre ont proposée du bovarysme?

Baldine Saint GironsMadame Bovary: un universel d’imagination
Rassembler des images hétérogènes à l’intérieur d’une figure concrète et ramener “comme à des modèles certains ou bien à des portraits idéaux, tous les aspects particuliers des choses ressemblant à leur propre genre”, telle est la fonction dont Vico crédite les universels d’imagination. Si ceux-ci ont sans doute moins de clarté que les genres intelligibles qu’ils préfigurent, peut-on encore soutenir qu’ils naissent d’une carence de la pensée spéculative? Forger des personnages aussi cohérents et puissants que madame Bovary, n’est-ce pas doter la pensée d’instruments aussi raffinés que les concepts? À travers les vicissitudes d’histoires déterminées, le romancier fait, en effet, surgir de véritables modèles de vie, à la fois fascinants et rebutants.

Eric Le Calvez, Faire une phrase
Dans une lettre à Louise Colet datant du 15 avril 1852, alors qu’il est en train de travailler sur Madame Bovary, Flaubert déclare: “Quand mon roman sera fini, dans un an, je t’apporterai mon ms. complet, par curiosité. Tu verras par quelle mécanique compliquée j’arrive à faire une phrase ”; c’est donc bien en termes de phrase qu’il parle de son écriture. Rien de tel donc qu’une perspective microgénétique afin de tâcher de comprendre comment fonctionne cette “mécanique compliquée”. Pour ce faire, cette étude analyse les brouillons de la fin de la première partie du roman, quand Emma brûle son bouquet de mariage. On peut y voir que la définition de la phrase flaubertienne dans les manuscrits est problématique tant il y a de fluctuations de ponctuation et, surtout, que l’on doit tenir compte de l’évolution du cotexte en parallèle, car les phrases flaubertiennes ne sont pas des unités cloisonnées.

Franck Dalmas, Emma Bovary: ni (mi)-ange, ni (mi)-démon? Plaidoyer pour une phénoménologie de l’existence
Dans le roman Madame Bovary de Flaubert, le personnage d’Emma Bovary n’a pas encore pleinement reçu l’attention détachée et objective qu’elle eût méritée. On l’aura trop vite réduite à l’archétype de femme hystérique d’un romantisme dépassé. Cependant, à travers une écriture impersonnelle, son auteur nous l’a dépeinte en termes qui l’éloignent plutôt d’un caractère de fiction et qui la rapprochent d’un type existentiel universel. Dans cet article, il est fait référence à une phénoménologie de l’existence, avec la caution des théories de Kierkegaard, Lavelle, Sartre et Merleau-Ponty, pour montrer que les dilemmes trompeurs d’Emma Bovary correspondent, en fait, à une relation existentielle entre le sujet de l’être et l’objet de transcendance de son existence dans le monde extérieur.

Rosita Copioli, Voce lirica e bêtise nella «prima» Madame Bovary
Suivant la lecture de Poulet et de Richard, Madame Bovary a représenté pour son auteur l’accomplissement d’un projet d’écritureimpersonnelle, dans lequel trouve pourtant sa place une portion aussi vaste qu’inquantifiable de ce qu’on appelle communément le vécu de l’auteur (souvenirs familiaux, passions, haines tenaces, goût du grotesque, etc.). C’est dans cette perspective qu’en 2007 nous avons publié l’édition italienne de la version du roman éditée jadis en France par J. Pommier et G. Leleu: dans cettepremière version de Madame Bovary un certain nombre d’épisodes – éliminés (ou sacrifiés?) dans la version définitive – proposent au lecteur d’aujourd’hui des accès inattendus à l’imaginaire flaubertien, tout en confirmant la présence d’un réseau secret liant l’écriture romanesque de Bovary à l’expérience vécue et à l’œuvre future.

Patrizia Oppici, Le fabuleux destin de Charles Bovary
Charles Bovary est le protagoniste d’une série de réécritures actuelles, qui s’interrogent sur l’énigme posée par ce personnage fondamental, mais étrangement incolore dans le texte de Flaubert. De Charles Bovary médecin de campagne de Jean Améry (1978) à Monsieur Bovary de Laura Grimaldi (1991) jusqu’au dernier Monsieur Bovary d’Antoine Billot (2006), la question de l’insupportable – et invraisemblable – bêtise du mari est au cœur de la réflexion développée dans ces trois romans-essais.

Raul Calzoni, Lo spettro dei Bovary. Incontri pericolosi in Buridans Esel di Günter de Bruyn e Lust di Elfriede Jelinek
Dès la fin du XIXe siècle l’héroïne de Flaubert a joui en Allemagne d’une vaste renommée grâce surtout aux romans de Theodor Fontane (L’Adultera, Cécile, Effie Briest); dans la littérature contemporaine de langue allemande le mythe Bovary ne cesse de fasciner les romanciers, tout en se transformant pour s’adapter à une société qui a modifié profondément ses rites domestiques. Parmi les nombreuses tentatives de récupérer sur le plan fictionnel les figures d’Emma et de Charles, nous avons centré notre analyse sur Buridans Esel (1969), du romancier de l’Allemagne de l’Est Günter de Bruyn, et sur Lust (1989), du Prix Nobel autrichien Elfriede Jelinek: dans les deux cas, l’actualisation des deux personnages flaubertiens se double, de la part des deux auteurs, d’une volonté fortement critique vis-à-vis de différentes conventions socio-politiques qui ont fondé au XXe siècle le mode de vie bourgeois dans l’Allemagne de l’Est et en Autriche.

Silvia Albertazzi, «Madame Bovary, c’est lui!». Gustave Flaubert, Julian Barnes e l’eterna monotonia della passione
À travers une relecture de Flaubert’s Parrot (1984) de Julian Barnes, nous analysons l’incidence de Madame Bovary – en tant que personnage et en tant que texte – dans la littérature postmoderne. À l’encontre de ses propres convictions, selon lesquelles “c’est souvent une erreur, pour ceux qui aiment un livre, de connaître l’artiste qui l’a écrit”, dans son roman Julian Barnes part à la recherche de l’homme-Flaubert se cachant derrière un personnage d’invention, Geoffroy Braithwaite, à la personnalité marquée par ce que Gaultier a appelé “un bovarysme de la vérité”, et dont certains aspects liés à sa vie ressemblent de près à ceux du docteur Charles Bovary, tel qu’il apparaît dans la reprise romanesque qu’en a faite Jean Améry. Dans le jeu de miroirs, de renvois et de négations, dans le labyrinthe de voix, d’époques et de représentations dont le romans de Barnes est tissé, la figure d’Emma Bovary apparaît, en définitive, comme le seul point fixe du roman; et son histoire – si proche de l’histoire de la femme de Braithwaite – reste la seule pure story, la seule narration saillante et réellement épurée dans un récit hybride, foisonnant d’ambiguïté.

Maurizio Ascari, Le avventure di Gemma Bovery e del panettiere Joubert
Dans le cadre du graphic novel, un genre littéraire hybride, où le texte s’alliant aux images produit des effets de résonance parfois très sophistiqués, nous avons choisi de nous confronter avec Gemma Bovary, la réécriture flaubertienne créée en 1999 par l’anglaise Posy Simmonds. Loin de s’offrir à la lecture en termes de simple pastiche, ce roman apparaît plutôt comme une interrogation postmoderne sur le rapport entre la loi de la nécessité, qui régit l’univers romanesque, et l’existence humaine. Dans l’histoire racontée par Simmonds, le personnage Joubert, un alter ego narratif de Flaubert, est à la fois le héros d’une enquête pseudo-policière sur la mort de Gemma, et un homme maladroit, incomplet, incapable de maîtriser sa propre réalité et ses sentiments: un homme, en un mot, atteint à son tour par le virus du bovarysme

Paolo Budini, Le procès des Fleurs du mal: pourquoi condamner Les Bijoux et non Une martyre?
Ce qui a fait condamner Les Bijoux, c’est probablement aux vv. 21-22 l’image, apposée à “ses seins”, “ces grappes de ma vigne”, non reconnue comme une citation biblique, et le verbe s’avançaient, prédicat verbal de “son ventre et ses seins”, lu comme une invitation, trop scandaleuse, à un rapport érotique oral, refusé par l’homme. Mais pourquoi ne pas condamner Une Martyre, un texte contenant l’évocation de deux scènes (amours saphiques et un rapport nécrophilique) qui auraient dû être reconnues comme scandaleuses par les magistrats? Quelques hypothèses en réponse: évocation, non d’un fait réel, mais d’un dessin, qui paraît d’ailleurs imiter des images bibliques largement connues; allusion aux amours saphiques non explicite ou non comprise; horreur de la scène empêchant toute possible “excitation des sens”.

Franca Zanelli Quarantini, «Et ces maudites Fleurs du mal qu’il faut recommencer»
À partir de la publication des Fleurs du mal en 1857 et de la condamnation de six pièces qui s’ensuivit, nous avons analysé l’incidence que cette mutilation imposée de l’extérieur a exercé sur la production suivante de Baudelaire. L’expérience du procès, tout en défigurant le recueil poétique de 1857, peut avoir contribué, sans le vouloir bien sûr, à ouvrir à l’auteur des Fleurs du mal la voie d’une nouvelle poétique – celle de la modernité: à partir de laquelle l’idée d’achèvement se liera non plus à la forme close mais à celle, opposée et combien nouvelle, de fragment.

Giovanni Cacciavillani, Dalla depressione di morte al dolce parlar materno
Ces pages parlent de deux poèmes de Baudelaire, Spleen IV et L’invitation au voyage, analysés dans leur relation d’opposition. D’un côté, la lourdeur d’un langage martelant, monotone, implacable, fait de Spleen IV le pôle de la catastrophe suprême, écrasant le je sous le poids d’une dépression sans issue; de l’autre, le langage de la répétition et de la rime soi-disant facile, dans L’Invitation au voyage, parvient au résultat inverse, puisqu’il ouvre enfin à la plénitude de l’amour partagé. Dans Spleen IV, le je est condamné à naufrager dans la mer close et funèbre de la mélancolie; dans L’Invitation au voyage l’idée de liberté et de déplacement se lie à la joie de la redécouverte d’un paradis longtemps convoité et perdu: à savoir, le sein de la mère, source d’un bonheur ancien, absolu, sans péché ni trahisons.

Riccardo Campi, «Tout pour moi devient allégorie». Benjamin lettore di Baudelaire
Suivant l’interprétation de Benjamin, telle qu’on a essayé de la reconstituer ici, la forme allégorique propre de la plupart des poèmes des Fleurs du mal constitue, en premier lieu, la clef pour comprendre le recueil baudelairien en dehors de toute tradition symboliste, à savoir post-romantique (qui, pour sa part, à l’instar de Goethe liquidait l’allégorie en tant que forme poétique conventionnelle, creuse, baroque, tout en défendant l’organicité et la richesse sémantique du symbole); mais c’est précisément à cause de ce caractère inorganique, c’est-à-dire fragmentaire, arbitraire, énigmatique, que l’allégorie permet à Benjamin de lire les Fleurs comme un “phénomène originaire”, où les contradictions de la modernité naissante, entre l’échec de la révolution de 1848 et les triomphes de la bourgeoisie du Second Empire, y trouvent leur première expression.

Maria-Luce Colatrella, Figuration, érotisme et modernité dans les éditions illustrés des Fleurs du mal
Dès 1959, Baudelaire projetait une édition illustrée des Fleurs du mal. Le projet n’aboutit pas de son vivant, mais plusieurs éditions ornées de gravures par Rodin, Redon, Rassenfosse, Schwabe, Rochegrosse, Louis Volx et Émile Bernard furent publiées après la mort du poète. En confrontant ces volumes aux recueils illustrés récemment par Milton Glaser, Henri Cartier-Bresson, David Schorr, Louis Joos et Daniel Hulet, nous avons observé une évolution du statut de l’iconographie. L’allégorie symboliste tend à disparaître des recueils contemporains, de même que le pittoresque figuratif. L’image, subordonnée au texte dans la plupart des premières éditions illustrées, devient structurante dans les éditions contemporaines. Celles-ci, en général des anthologies, ne présentent plus la division initiale des Fleurs du mal en six sections. L’image précède le texte et crée une division spécifique du recueil, mettant en valeur l’interprétation de l’illustrateur.

Carla Pellandra, Il timido ingresso di Baudelaire nella scuola italiana
Puisant ses sources à partir d’un important Fonds italien, où sont conservés les manuels de langue et de littérature françaises utilisés dans les écoles italiennes à partir des années 70 du XIXe siècle, nous avons essayé de retracer les étapes de la réception du Baudelaire poète: réception qui ne fut pas sans entraves ni censures, mais qui cependant a commencé assez tôt, en tout cas bien avant qu’en France (où l’auteur des Fleurs du Mal n’apparaît à l’école qu’après la première guerre mondiale). En fait, c’est à partir de 1898 que le nom de Baudelaire fait sa première et prudente apparition dans les manuels italiens; moins défiante que ses prédécesseurs, en 1909 Mme Fiorentino choisit comme texte d’ouverture pour son Anthologie de la littérature française contemporaine, L’Homme et la mer. Mais il s’agit là d’un exploit isolé: pour Baudelaire, le chemin à parcourir parmi les élèves des écoles secondaires ne sera pas moins long…

Gino Scatasta, Le tre età di Baudelaire in Inghilterra
La réception de Baudelaire en Angleterre est analysée ici à partir de 1863 – date à laquelle A. Charles Swinburne signe le premier compte-rendu anglais aux Fleurs du Mal –, et se poursuit jusqu’à l’étude dédiée au poète français par T. S. Eliot en 1927. Notre critère d’évaluation relève de l’hypothèse selon laquelle l’influence de Baudelaire en Angleterre se serait développée selon un parcours comparable aux trois différents âges de l’homme: tout d’abord, les enthousiasmes de la première jeunesse avec la réception due à Swinburne; ensuite l’appropriation adulte (et on ne peut plus astucieuse) de la plupart des esthètes actifs dans les deux dernières décennies du XIXe siècle; enfin, l’évaluation posée et réfléchie de T. S. Eliot, dans laquelle, pourtant, tout renvoi à l’esprit de révolte baudelairien est absent.

Paolo Budini, Tradurre oggi le Fleurs du mal
Traduire Les Fleurs du Mal en italien c’est transcrire un ensemble de textes lyriques français, les adaptant à un instrument linguistique autre, en tenant compte des deux langues et de leurs longues histoires.

Notes de lecture/Schede

Pubblicato con contributi dell’Università di Bologna e del Dipartimento di Lingue e Letterature Straniere Moderne.

2017-10-06T17:20:18+00:00