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Automne / Autunno 2010

Les manifestes littéraires au tournant du XXIsiècle 

sous la direction de

Ilaria Vitali

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Sommaire / Indice

Carmelina Imbroscio, Ouverture

Maria Chiara Gnocchi, Lire les manifestes littéraires à l’orée du XXIsiècle  

Anna Boschetti, La notion de manifeste

Paolo Tamassia, Littérature et réel dans les manifestes littéraires entre XXe et XXIe siècle

Elisa Bricco, La posture manifestaire dans « ma haie » d’Emmanuel Hocquard

Jean-François Plamondon, Les manifestes québécois, acteurs et témoins d’un champ en évolution

Alessandro Corio, De L’éloge de la créolité au manifeste Pour une “littérature-monde” en français: oxymores, nouveaux essentialismes, ouvertures et illusions

Maria Chiara Gnocchi, Du Flurkistan et d’ailleurs: les réactions au manifeste Pour une “littérature-monde” en français

Paul Aron, Les manifestes des revues littéraires sur Internet: éléments pour une analyse institutionnelle

Anna Boschetti, La notion de manifeste
Ce questionnement sur la notion de manifeste ne propose pas une définition d’essence, qui prétendrait établir ce qu’est un manifeste, mais une reconstitution historique, visant à interroger les conditions de possibilité et les fonctions des textes qui sont désignés comme «manifestes», pour mieux comprendre leur apparition et leurs propriétés. D’une part, le manifeste n’est pas une pratique exclusivement littéraire et artistique: il y a eu des manifestes politiques, à commencer par le manifeste du Parti communiste, et on ne saurait négliger de réfléchir sur cette concomitance. On constate, d’autre part, que, comme il arrive souvent, la «chose» a une relative autonomie par rapport au «mot»: bien des textes ne se présentant pas explicitement comme des manifestes ont en fait revêtu la même fonction, et ont contribué à élaborer ce «genre» et à en faire un des instruments les plus caractéristiques de la lutte symbolique. Ainsi, le travail d’historicisation ne saurait s’en tenir aux manifestes se désignant comme tels. Une acception élargie de la notion permet de relier et de comparer des phénomènes à première vue distants, relevant de périodes historiques et de domaines très divers. Cette analyse a par elle-même des vertus révélatrices: on peut cerner les caractéristiques spécifiques qui distinguent les manifestes littéraires et artistiques, par rapport à d’autres traits qui s’avèrent être, en fait, des modes de fonctionnement beaucoup plus généraux. En même temps, on peut arriver à dégager les facteurs qui ont favorisé l’essor des manifestes dans la vie littéraire et artistique, leur évolution et leur déclin.

Paolo Tamassia, Littérature et réel dans les manifestes littéraires entre XXe et XXIe siècle
Cet article a pour but d’analyser les transformations statutaires et la fonction du manifeste littéraire à partir de son âge d’or, où sa caractéristique principale était de créer une fracture – un «avant» et un «après» – afin d’instaurer une nouvelle éthique-esthétique dans la société sur la base d’une axiologie forte, jusqu’à l’époque actuelle, qui suit l’«ère du soupçon», déterminée par l’écroulement des idéologies et qualifiée tour à tour de «postmoderne», «liquide», «de la consommation», «de la globalisation».

Elisa Bricco, La posture manifestaire dans ma haie d’Emmanuel Hocquard
Comme l’explique très bien Jean-Michel Maulpoix, dans le champ poétique d’aujourd’hui il n’existe ni groupe ni école dominants et, par conséquent, ni doctrine ni idéologie. Il est pourtant vrai que parfois les poètes expriment leurs idées et qu’ils affichent plus ou moins leurs goûts, leurs convictions et leurs choix en littérature et en poésie. Au début du deuxième millénaire, cette situation est d’autant plus vraie que «la posture manifestaire est devenue anachronique». Cependant, dans les ouvrages d’Emmanuel Hocquart, notamment dans ma haie (P.O.L., 2001), il semble qu’on retrouve l’esprit des manifestes, ne serait-ce que par la démarche «au négatif» de ses propositions et par le ton véhément et polémique. Par une analyse et une réflexion sur les textes rassemblés dans ce volume, on suivra les traces d’une sorte de «posture manifestaire» qui se montre en creux à partir de la table des matières et on montrera que si cette attitude ne peut pas être considérée comme vraiment programmatique, elle pourrait être considérée comme une version actuelle des actions des avant-gardistes.

Jean-François Plamondon, Les manifestes québécois, acteurs et témoins d’un champ en évolution
Pierre angulaire de la modernité québécoise, le manifeste des automatistes, Refus global (1948), attaque durement les institutions culturelles de l’époque. Revendiquant une pleine liberté de création et la fin de la censure cléricale, et exigeant qu’on laisse libre cours aux passions, les signataires du manifeste considèrent aussi la raison comme l’ennemie de la création. Vingt ans plus tard, Claude Péloquin, figure emblématique d’une génération proche de la contre-culture, se pose contre l’engagement sartrien de l’écrivain dans son Manifeste infra, suivant en cela la tangente dessinée par Borduas dans le manifeste automatiste. À leurs yeux, l’art ne doit servir rien d’autre que ses propres aspirations. Pourtant, dans les mêmes années, des poètes comme Gaston Miron, Michèle Lalonde et Paul Chamberland engagent la parole poétique dans des œuvres manifestaires qui contribuent largement à donner aux Québécois une identité culturelle, en plus de solidifier les assises du champ littéraire laurentien. Par l’art, les poètes rejoignent la société en appelant le changement du statut politique du Québec; par la «prose d’humeur», d’autres écrivains cherchent à atteindre les créateurs. Cette étude suit l’évolution des deux voix et le parcours des deux voies manifestaires, témoins et acteurs de l’évolution des champs politique et poétique québécois.

Alessandro Corio, De L’éloge de la créolité au manifeste Pour une “littérature-monde” en français: oxymores, nouveaux essentialismes, ouvertures et illusions
Les littératures postcoloniales, et en particulier les littératures insulaires des Caraïbes, après la féconde et problématique saison de la Négritude, ont pris une direction ouvertement anti-essentialiste, hostile à toute rhétorique à caractère affirmatif ou dogmatique et à toute pensée systématique. C’est pour cela que l’apparition en 1989 du célèbre Éloge de la Créolité, signé par trois importants écrivains martiniquais, réalise un mouvement oxymorique, essayant de réunir des affirmations identitaires et culturalistes, un normativisme esthétique et littéraire parfois rigide et une ouverture à la pluralité et au multilinguisme. Presque vingt ans après, le manifeste Pour une «littérature-monde» en français, signé en 2007 par 44 écrivains et inspiré en partie des élaborations théoriques caraïbes et de la pensée de la Relation et de la créolisation d’Édouard Glissant, reproduit le même oxymore: d’une part l’ouverture à la pluralité et à la diversité des écritures, d’autre part l’indication, souvent rigide et «exclusiviste», de normes esthétiques et littéraires et de concepts fort problématiques. Ouverture, illusion ou combat d’arrière-garde?

Maria Chiara Gnocchi, Du Flurkistan et d’ailleurs: les réactions au manifeste Pour une “littérature-monde” en français
Le manifeste «Pour une “littérature-monde” en français» que 44 écrivains francophones ont signé en mars 2007, et qui a été suivi par le volume Pour une littérature-monde, a suscité toute une série de réactions qui se sont succédé dans la presse, sur Internet et même en librairie (voir notamment la «réponse» de Camille de Toledo, Visiter le Flurkistan ou les illusions de la littérature-monde, PUF, 2008). Les commentaires et les répliques au manifeste relèvent tour à tour du littéraire et du politique (au sens large), ce qui est logique dans la mesure où les signataires mettent en question l’esthétique littéraire contemporaine aussi bien que l’institution de la littérature avec ses structures, ses instances de publication et de consécration, etc. L’analyse de ces différentes réactions permet de comprendre le manifeste «Pour une littérature-monde» dans ses multiples dimensions.

Paul Aron, Les manifestes des revues littéraires sur Internet: éléments pour une analyse institutionnelle
Depuis une dizaine d’années, de plus en plus de revues littéraires renoncent à la coûteuse diffusion sur support papier et préfèrent la «mise au net». La première conséquence de ce choix est d’ordre formel: les revues se présentent sur un support souple, qui permet l’usage simultané du texte et d’autres médias, ainsi qu’une présentation utilisant les ressources de l’hypertexte. Une seconde est l’élargissement du marché éditorial sur lequel elles interviennent. La toile permet de sortir d’un contexte éditorial local ou national, pour se positionner dans un espace de concurrence beaucoup plus large (ou censément plus large). Que devient le manifeste littéraire dans ce cadre éditorial? Au terme d’une petite présentation des sites de revues contemporaines, l’auteur balise un cadre de réflexion.

Interviews et inédits/Interviste e inediti

Ilaria Vitali, «A l’avant-garde du réel»: entretien avec Mohamed Razane et Karim Amellal du collectif «Qui fait la France?»

Luigia Pattano, La littérature-monde et les pouvoirs de l’imaginaire: entretien avec Michel Le Bris

Comptes rendus/Recensioni

Fautrier, Les Grands Manifestes littéraires (C. Mansueto)

L. Reeck, «The World and the Mirror in Two 21st century Manifestos: Pour une littérature-monde and Qui fait la France?», in Alec G. Hargreaves, Charles Forsdick & David Murphy (dir.), Postcolonialism and Littérature-monde, «Transnational French Studies» (I. Vitali)

E. Breleur, P. Chamoiseau, S. Domi, G. Delvert, É. Glissant, G. Pigeard de Gurbert, O. Portecop, O. Pulvar, J.-Cl. William, Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion. Manifeste pour les «produits» de haute nécessité (C. Biondi)

Pubblicato con contributi di: Università di Bologna, Dipartimento di Lingue e Letterature Straniere Moderne, Seminario di Filologia Francese, Università Italo-Francese/Université Franco-Italienne.

2018-10-02T13:48:19+00:00